Qui l’eut cru, il a perdu toute sa saveur depuis qu’il est cuit ! Mais qui donc ?
Carlos pardi, non pas le terroriste qui a fait trembler la France entière, ni le chansonnier de Tirelipimpon, Papayou ou Big Bisou qui nous a fait nous trémousser (oh ne vous moquez pas, vous qui avez moins de 50 ans, vous ne pouvez évidemment pas connaître!), mais son digne héritier dans le rôle d’humoriste décalé, d’amuseur public, de bonimenteur de foire.
Sa foire à lui, c’est la foire d’empoigne de l’impitoyable marché mondial de l’automobile, où il a imposé sa poigne et sa trogne de clown triste, ou plutôt de statue de clown triste, qu’il a élevé au rang de stature. Son style, le genre de clown qui ne rit jamais, et que d’ailleurs on n’aimerait pas voir rire, même dans nos cauchemars les plus fous, de peur de mourir d’une facétie de ce Joker, si son masque de fer se mettait à grimacer face au supplice qu’il nous promet.
Carlos avait fait son école du cirque en développant son numéro de Tirelire-pimpon chez Bibendum. Le pitch ? Dégonfler les coûts et le besoin en fond de roulement du champion du pneu. C’était gonflé. Il s’y est appliqué avec persévérance et abnégation pendant des années, usant ses semelles sur le sable de la piste, sans public lors de ses longs entraînements et répétitions, ou si peu lors des représentations dans des chapiteaux d’usines de province.
Et puis ce patient travail a fini par payer, le numéro a fait mouche et le personnage qu’il avait réussi à incarner – la statue du Clown triste effrayant – lui a ouvert le coche vers le haut de l’affiche : l’obscur clown des chapiteaux de province a percé sa chrysalide faite de pneu pour gagner soudain beaucoup, beaucoup plus en s’élevant au sommet de la chaîne de valeur, en dépliant ses ailes de Roi des Papillons chez Renault-Nissan. Oh, toujours pas de mots ou d’expression sur sa mythique Joker-face, à peine quelques mimes grimaçants, mais quelle posture imposante, grandiose, dans ce nouveau rôle de Grand Em-Papayou-teur.
Il a su comme personne maîtriser la technique du transformisme comme un véritable caméléon, élève dépassant les maîtres du Kabuki en captant toute la lumière au Pays du Soleil Levant, en maîtrisant les codes sans même en apprendre la langue. Il a marié Renault à Nissan, en parvenant à subtiliser la corbeille de la mariée à l’insu de tous, tout en s’affichant à la Une des magazines avec ses toutes nouvelles ailes si brillantes, presque autant que lui, enfin !
Le Bal des Débutantes pour sa fille, Versailles pour sa femme, aucune épate bling-bling qui ne soit à sa portée. Big bisous à tous les membres du sérail VIP ! Ah ils peuvent baver tous les autres Carlos du Monde, tous ceux qui ont cru un jour pouvoir se hisser à ses altitudes, ils peuvent continuer à ahaner sur les pistes poussiéreuses des chapiteaux, ils ne les voit plus que comme des petits points, dont il distingue à peine la couleur, de ces hauteurs de nouveau Roi-Soleil.
Est-ce à ce moment-là que tu as commencé à dé-Ghosner, Carlos ?
Un vent glacial s’est levé un beau matin depuis l’Extrême-Orient, et a figé tes ailes si brillantes dans un vitrail gelé qui s’est fissuré, brisé et effondré, jour après jour, semaine après semaine. Retour brutal sur une des plus poussiéreuses, des plus miteuses des pistes que tu aies pratiqué, au fond de cette geôle nippone. Certes, le masque de fer s’est pris une sérieuse gueule de bois. Tu en avais vu d’autres pourtant, et tu avais toujours su faire face avec brio. Mais là, mépriser à ce point ton talent circassien, ça ne rime à rien !
Toi qui fûs Roi des caméléons, stature incarnée de Commandeur, tu commences par t’afficher en costume de Super-Mario – gilet jaune fluo, casquette bleue. Pour n’importe qui d’autre, cela ne serait qu’anecdotique, mais pour le Grand em-Papayou-teur, un tel écart signe une faute de goût inédite.
Là où tu nous avais habitués à des numéros d’Arsène Lupin, te voilà soudain échappant au violon à Tokyo en te faisant la malle (jusque là, il y a de l’idée), pour ressortir de la boîte quelques heures plus tard… « tin tin tin »… à Beyrouth, comme un vulgaire… lapin, égaré dans la lumière des phares des journaux télévisés.
Et depuis, tout est à l’avenant: le roi du Tirelire-pimpon claque les biftons par poignées comme des confettis pour s’offrir les services des plus beaux danseurs de samba du carnaval : Barnum et barouf pour la conférence de presse « improvisée » à Beyrouth, qui finit en Pauvre-Point qui fait « pshitt » (même toi tu n’as pas pu cacher ta déception, malgré le masque et les plumes – si tu avais pu jeter sur cette tragédie le mouchoir avec lequel tu t’épongeais le front, tu l’aurais fait volontiers).
Alors Carlos je t’en conjure, arrête ce numéro raté et vulgaire, arrête de déjouer, arrête de dé-Ghosner !
Certes, après ton grand écart, tu ne peux plus revenir à ton numéro fétiche. Depuis que tu lui as laissé le champ libre, Carlos Bis, le frère jumeau prodigue qui est parti bouffer du Lion, t’a piqué la tête d’affiche et la baraka au passage pour rejoindre les étoiles dans la constellation de Stellantis. Mais ça tu sais que c’est la dure loi du métier, et tu l’apprécies en expert.
Mais arrête de dé-Ghosner, Carlos ! Ton créneau ce n’est ni les paillettes, ni les confettis, ni le navrant numéro de clavecin à quatre mains que tu viens de nous servir – tiède de surcroît ! Même la vieille rengaine de « la France m’a laissé tomber » tu ne nous l’as pas épargnée, et les minables comptes d’apothicaire sur les miettes de la retraite-chapeau et les raclures des indemnités de départ ! A ce rythme, tu ne vas pas tarder à enfiler à nouveau ton gilet jaune pour réclamer des indemnités d’intermittent du spectacle devant les caméras et les micros ! Et c’est nous qui rions jaune, navrés et atterrés par une telle médiacrité.
Ta voie, Carlos, c’est la piste de rallye poussiéreuse et accidentée que tu avales avec plus de ténacité, plus de discipline et plus de rigueur que les autres, et pas les rails du Train de vie à grande vitesse, ni l’autoroute du Soleil médiatique, fût-il levant.
Ressaisis-toi, Carlos, au lieu d’aGhosniser. Les ailes et les fortunes ça va, ça revient au rythme des marées, mais pas son âme d’artiste ni ses rêves d’enfant !

J’adore mais il faudrait faire un petit peu plus court ! Et oui, on ne sait plus lire jusqu’au bout quand c’est long. Mais à part ça, quel régal ! Merci.moulindemousseau.wordpress.com
Merci Marie pour ton commentaire. Ca me fait plaisir que tu soies venue faire une petite visite au Kfard Dchaîné. Je vais faire des efforts pour être plus concis (si quoi d’ailleurs ? J’ai déjà oublié) pour mes prochaines fournées. A bientôt!
Acrobate du verbe, virtuose de la formule, orfèvre de la rime !
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