« Et un, et deux, et cinq ans de plus » entonnent déjà les marcheurs de l’an 5, depuis les vieux grognards qui se sont fait pincer l’oreille plus qu’à leur tour – le maréchal Ferrand ou le Castaner de rien – jusqu’aux opportunistes de la treizième heure dont les chaussures de randonnée sentent encore le neuf.
L’an 5 de quoi ? De cette révolution 2.0 qui a réussi le tour de force de dynamiter les deux principaux partis de gouvernement, statues de commandeurs inamovibles depuis plusieurs générations, en les réduisant en confettis de moins de 5% des suffrages ! En 1859, le carnage de la bataille de Solférino avait abouti à la création de la Croix-Rouge. Le naufrage socialiste n’était guère moins violent cette fois-ci, mais les derniers irréductibles à la rose au poing ont été poussés dans les cordes, exilés en banlieue à Ivry sur Seine, loin, bien loin de la prestigieuse adresse historique au cœur de Paris.

Qu’aurons-nous gagné à la place ? Après Napoléon III, aurons-nous droit (car il faut se rendre à l’évidence, ils sont tous deux tout sauf gauches, même s’ils ont essayé de faire semblant le temps d’un débat) à Emmanuel II en pire libéral ou à Marine 1e en pire autoritaire ?[i]
Cet Empire se soldera-t-il, lui aussi, par la bataille de Sedan (bas, contre ceux d’en haut), et l’instauration d’une nouvelle République, réclamée à corps et à crics par Mélenchon, l’infortuné troisième de la compétition qui rêve ouvertement d’une revanche au parlement, et qui, finalement, projetterait bien son hologramme à la tête du gouvernement ?
L’héritier putatif Emmanuel II n’est pas regardant sur les lignées dont il se réclame, depuis De Gaulle en passant par François et Nicolas. En juin 1853 son lointain ancêtre généralisait le régime de retraite par répartition pour les fonctionnaires (à 60 ans !) et voilà qu’Emmanuel fait de la réforme de cette institution le cheval de bataille de son règne à venir. Le 25 mai 1864, Napoléon III instaurait le droit de grève, dans un contexte de luttes sociales dures qui inspirèrent à Zola son roman « Germinal ». Il ne se doutait pas encore qu’il glisserait ce caillou dans la chaussure d’un marcheur ampoulé qui se retrouverait assiégé par des hordes de gilets jaunes !

En 1855, Napoléon III, qui s’était opposé à la Russie dans la guerre de Crimée (déjà !), remportait une victoire décisive à la bataille de Ma…lakoff. Emmanuel II ou Marine 1e auront-ils le même engagement et la même réussite, ou mériteront-ils au contraire les Châtiments[ii] d’un Hugo frais, tonnant « Adieu, Monsieur le Professeur » ou « Elle descend de la Montagne »[iii] ?
Espérons que ce second en pire permettra au moins de sauver les meubles. Personnellement, je me passerais volontiers de la mise en vitrine des nouveaux modèles qui avaient caractérisé le style Napoléon III : les poufs, boudeuses et confidents en tous genres. Regardez-les, malgré les couches d’ans caustiques et l’odeur de sire, ils piaffent d’impatience de trouver leur place sous les ors des palais de la République, dans l’ombre de Marine, avides de s’accaparer l’RN du pays.
Trouvons-leur une utilité pour la France en les recyclant : c’est quand déjà les horaires d’ouverture d’Emmaüs ?

Vous laisseriez vraiment le hasard décider pour vous ?
Pattes de mouche du Kfard :
[i] Le second Empire est analysé en 2 périodes par les historiens :
- L’Empire autoritaire (de 1852 à 1860)
- L’Empire libéral (de 1860 à 1870)
[ii] Les Châtiments (1853) est un recueil de poèmes satiriques de Victor Hugo qui éreinte Napoléon III. Zola écrivait : « Le Napoléon III des Châtiments, c’est un croquemitaine sorti tout botté et tout éperonné de l’imagination de Victor Hugo. Rien n’est moins ressemblant que ce portrait, sorte de statue de bronze et de boue élevée par le poète pour servir de cible à ses traits acérés, disons le mot, à ses crachats »
[iii] Deux des plus grands tubes (si,si – OK boomer) du chanteur Hugues Aufray, taillés sur mesure pour chacun de nos 2 finalistes

Dans une heure, les résultats électoraux…
Ah, espérons que les Marcheurs, sans doute victorieux ( je ne peux pas penser que la France ira tanguer avec la Marine à tribord et à babord ), feront de moins en moins de faux pas… Si les élections avaient été repoussées au mois de mai, la Rose au poing aurait été peut-être plus visible, non ? Si Marine l’emporte, ce sera l’épanouissement du mu guêt ? » Silence l’Opposition ! » ( Vous êtes sur écoute. )
Si Hugo revenait il écrirait une suite à » Crimes et Châtiments » de Dostoievski en regardant l’Ukraine, et en rêvant de la Retraite de Russie…
Aujourd’hui, au Bureau de vote, je me sentais aussi gauche gauche que toi.
Je vais chercher sur le Bon Coin une statue de Napoléon III pour ton jardin
Ah, NON !
Emmaüs a une éthique propre et ne saurait en aucun cas accepter et recycler des produits toxiques !
Merci Irisée de surveiller l’éthique, les poux et tous les autres parasites sur la tête du pays. Je suis sûr que tu as déjà voté, merci !
Pour ne pas en pleurer, mieux vaut en rire, de tout ça ! Ca nous permet de prendre un peu de hauteur, au-dessus du fatras des slogans et des promesses. Alors, merci Kfard une nouvelle fois, de nous sortir de la morosité ambiante.
Quel plaisir de te retrouver, l’Intemporelle, dans ce combat pour ouvrir les yeux de nos semblables. Car nous savons le sort qui serait réservé à un royaume d’aveugles… Qui s’endormirait avec la porosité du front républicain se réveillerait avec la morosité du lendemain !