Vendredi 13 ordinaire ou super ?

Comme chaque matin, les ondes de douleur irradient depuis la 1e lombaire, de manière bien plus fiable que la box wifi. Je suis donc encore bien vivant, les poules n’ont pas encore de dents, Borne continue à pondre des 49.3 à gogo, la Terre continue de tourner inexorablement autour du Soleil qui continue sa course folle au sein de la galaxie, qui…

Je sursaute ! Le radio-réveil égrène la grésillante et monotone litanie des « nouvelles » et des « promotions » du jour, comme si de rien n’était…

Comme chaque matin, les ondes de douleur irradient depuis la 1e lombaire, de manière bien plus fiable que la box wifi. Je suis donc encore bien vivant, les poules n’ont pas encore de dents, Borne continue à pondre des 49.3 à gogo, la Terre continue de tourner inexorablement autour du Soleil qui continue sa course folle au sein de la galaxie, qui…

C’était tellement improbable, selon les experts autorisés – ces prophètes de mauvais augures, devins frelatés et voyantes qui se font tout un film de leur boule de cristal – et pourtant il faut bien se rendre à l’évidence : nous avons encore survécu à la malédiction du vendredi 13, heureux ceux qui croient sans avoir bu, Dieu soit loué[i] ! 

Et pourtant nous avions fait de notre mieux pour leur donner raison, et pour les rassurer sur la légitimité de leur noble profession, dont les annonces de cataclysmes ont été si souvent contrariées depuis l’Antiquité qu’ils finissent par faire Pythié.

La guerre que nous tenions à distance, en la consignant dans une réalité virtuelle, derrière les écrans de nos télés et de nos portables, a ressurgi dans la « vraie vie », sur le continent européen, à moins de 2500 km de nos frontières ! Et incapables d’éteindre l’incendie qui dévore un pays tout entier, nous regardons, impuissants, ce brasier gagner inlassablement en horreur, en désolation, en déshumanisation, affalés dans nos fauteuils à écouter le requiem lancinant des orgues de feu Staline et des ogres de Wagner.

Des nuées incandescentes s’échappent à tous vents de ce foyer ardent, sur lesquelles soufflent des hordes de dictateurs qui, ne se rêvant qu’en gourous, n’hésiteraient pas à mettre la planète sens dessus-dessous, sans se préoccuper d’éventuels effets boomerang : Taïwan, la péninsule coréenne, l’Iran, la frontière entre l’Inde et la Chine, l’Afrique, les alertes rouges clignotent, les sirènes hurlent à la mort et les pompiers de la planète ne savent plus où donner de la tête.

Au-delà du bal macabre des luttes de pouvoir entre puissances et de la montée de ce que nous ne tarderons pas à devoir qualifier de guerres civiles, nous sommes sur le point de réussir l’exploit – inédit celui-ci – d’allumer la mèche qui met le feu à notre planète.

Nous avions été affligés par l’échec de la COP27 à Charm El Sheik ? Aucun doute, celui-ci ne pourrait que provoquer un sursaut – ne serait-ce que d’orgueil – dès la COP28, pour tordre la trajectoire exponentielle du réchauffement climatique, et éviter d’achever en quelques décennies l’œuvre entamée par Attila[ii] il y a 16 siècles.

Pour sauver la planète et l’honneur de l’homo sapiens, nous allions donc logiquement confier notre destin aux sages et aux champions les plus exemplaires de la cause écologique, n’est-ce pas ? Et le gagnant est … le patron de la compagnie pétrolière nationale des Emirats Arabes Unis, qui accueillera somptueusement les délégations de la COP en limousines dans une débauche de luxe, dans d’immenses hôtels climatisés de Dubaï ! C’est tout-à-fait un sultan[iii], assurément, pour les défen-soeurs et frères de l’environnement.

What did we expect[iv] ? N’essayez même plus de toucher du bois pour conjurer le mauvais sort :  cette fois, c’est sûr, l’arbre de la vie va finir en COPeaux, et gare aux échardes !

Et comme un vendredi 13 durant lequel nous cumulons de tels nimbus si menaçants ne suffit pourtant pas à précipiter la fin du monde, on enchaîne sur le « Blue Monday » : le lundi le plus déprimant de l’année !

Pour vous donner une idée du tableau : là où nos cousins américains ont eu droit il n’y a pas plus d’un mois à une mémorable « bombe cyclonique » (vous avouerez que ça en jette !) avec des températures record de près de -50 degrés, notre tempête hivernale « historique » à nous s’appelle… Gérard ! Digne d’une blague de café du commerce (« Gérard… ment vu ça, pfffff ! »), on n’est pas loin de toucher le fond du verre !  

Et pourtant… elle tourne, toujours et encore, notre bonne vieille Terre ! Elle a le chic pour absorber tous les chocs, au fil des échecs de chaque bad COP[v].

Alors on continue comme si de rien n’était ?

On pourra toujours tenter de dire : « qui aurait pu prévoir que ça finirait si mal ?»… jusqu’à ce qu’il ne reste plus personne pour l’entendre… ni pour le dire !


[i] Offre réservée aux abonnés, voir conditions générales dans le contrat de service [Bible, Nouveau Testament, Evangile selon St Estèphe 20, 24-29]

[ii] Attila, le Roi des Huns, dont la sauvagerie était telle que la légende disait que « là où [il] passait, l’herbe ne repoussait pas », telle que Grégoire de Tours l’a consignée plus de 150 ans après son invasion de la Gaule.

[iii] Sultan Al Jaber, qui cumule les fonctions de PDG de la Abu Dhabi National Oil Corp, compagnie pétrolière nationale de l’Emirat d’Abu Dhabi, et de ministre de l’Industrie et de la Technologie Avancée des Emirats Arabes Unis. Pouvait-on rêver champion plus exemplaire du développement durable ?

[iv] « A quoi nous attendions-nous ? » [en confiant l’organisation de la COP28 aux Emirats Arabes Unis], en référence au slogan ironique « what did you expect ? » de la célèbre campagne publicitaire pour Schweppes.

[v] L’expression “bad cop” signifie littéralement “mauvais flic », et s’oppose au « good cop » (« bon flic ») dans l’équivalent de l’expression française « les gentils et les méchants ».

Jamais 2 sans 3

D’où vient donc cette expression toute faite, que nous invoquions comme un mantra il y a encore une semaine, et qui, depuis, nous agace autant qu’un air de tango lancinant ?
Le Kfard Dchaîné a mené l’enquête pour vous, passant au peigne fin les pistes les plus échevelées et les plus capillotractées.

D’où vient donc cette expression toute faite, que nous invoquions comme un mantra il y a encore une semaine, et qui, depuis, nous agace autant qu’un air de tango lancinant ?

Le Kfard Dchaîné a mené l’enquête pour vous, passant au peigne fin les pistes les plus échevelées et les plus capillotractées.

Des plus riches aux plus désargentés des Argentins, ils attendaient la leur, de troisième étoile, comme le Messi, depuis 1986. Nous pouvions bien nous permettre de la leur laisser, magnanimes, nous qui étions encore sur notre nuage de la 2e étoile toute fraîche, « Freed from Desire » et toute cette sorte de choses…

Mais p*** de b*** de m*** (what the f***, tant de 3 étoiles, et pas une seule pour nos Bleus à l’âme !), qu’est-ce que ça pique, après ces 75 premières minutes de coma, minables, interminables même, suivies d’une heure de folie pure qui est passée… comme une étoile filante… bouhouhou !

T’en fais pas, Kilian, même s’il a fait mine de te renvoyer jouer au Leo, le Messi – toi qui, à ton âge, as déjà goûté à l’ivresse du Toit du Monde – quand tu auras le sien, en 2034, tu peux espérer reprendre la main en les comptant jusqu’à cinq ! Une de perdue… notre 10 de retrouvé !

« Jamais deux sans Troie !», se disait avec espoir belle Hélène[1], enlevée à son mari Ménélas, hellène lui aussi, par Paris (qu’on avait envoyé se faire voir chez les Grecs avant qu’ils ne viennent lui rendre la pareille pour un duel sanglant à Troie). Mais ça c’était avant ! Avant quoi ? Avant qu’Ulysse ne fasse basculer la situation avec sa réputée ruse du cheval (le fameux cheval… à bascule bien sûr).

« Jamais de 103 !» se sont entendu rétorquer par leurs darons – par définition réactionnaires et bornés – des générations d’adolescents impatients aspirant à une légitime indépendance motorisée. Fièrement juchés sur les 2 à 3 chevaux pas encore fiscaux de cet engin craché à la chaîne par la marque au Lion de 1971 jusqu’à 2017, ils avalaient les kilomètres (et les moucherons) avec fougue et griserie.

« Jamais deux sans toi !», tenterons les tourtereaux ennamourés dans un élan de poésie digne de l’Amour Courtois (cette boîte de nuit renommée au Qatar, dont le portier belge laisse entrer n’importe qui, même les Croates et les Marocains).

Désolé chers voisins d’Outre-Quiévrain, mais quand il s’agit de nous rasséréner, nous pensons naturellement à vous, comme par Hazard.

« Jamais 2022 sans 2023 !», aurions-nous pu nous souhaiter bientôt en nous embrassant… sous une boule de gui – insouciants du danger concentré dans ses baies toxiques et visqueuses ! Heureusement que le monde moderne a mis nos bambins gavés d’aliments industriels gras et sucrés et d’écrans addictifs à l’abri des menaces que cette vicieuse Mère Nature mettait sur leur chemin sous prétexte d’aberrantes traditions surannées de soit-disant bonne année !

Ne plus avoir à parler, « jamais, d’eux sans toit !»,

  • les Ukrainiens renvoyés à la nuit et au froid de leur nation éventrée par des drones de drame, des missiles enflammés, des flèches explosives d’olig-arcs, caprices d’un nouveau Tsar qui joue l’avenir du monde à la roulette russe
  • les émigrants qui se rêvent enfin immigrés, qui s’échouent et se fracassent par milliers sur les grèves et les falaises d’indifférence de leurs frères et sœurs prodigues… mais prodigues de rien finalement[2]…
  • le mendiant, le SDF, le nécessitaiseux, si proche et pourtant si lointain, que nous ignorons le plus souvent d’un air hautain, croyant tromper ou oublier notre bassesse, occupés que nous sommes à brûler l’énergie fossile de plusieurs Terres à pleines torchères (et à crédit, parce que la planète B, on la cherche encore…) quand le dernier petit bout de bois dérisoire se consume dans les doigts engourdis de la petite marchande ou du petit marchand d’allumettes.

Jamais deux sans trois…

Et enfin merci à vous tous, mes deux dizaines de chers lecteurs fidèles, de rejoindre le Kfard Dchaîné dans ses coups de gueule, de griffe ou de folie depuis deux ans déjà, et à très vite en 2023 – pour la troisième année du Kfard !

Misons sur le pouvoir du bouche à oreille pour ne pas faire mentir le dicton  !


Les pattes de mouche du Kfard :

[1] La célèbre LN23

[2] “Prodigue” : qui fait des dépenses excessives, qui dilapide son bien. Mais dans un retournement sémantique, “prodigue de” devient “qui distribue, donne abondamment”

Tant mêlés sans s’emmêler

Songes de guimpes virevoltent pour l’élever vers son Olympe,

de Gouges, il va sans dire.

Surtout, ne pas briser le silence qui étire le rêve

et tout le ciel tissé autour de l’étoile.

Ici rien ne bouge, mais tout aimante.

Songes de guimpes [1] virevoltent pour l’élever vers son Olympe,

de Gouges [2], il va sans dire.

Surtout, ne pas briser le silence qui étire le rêve

et tout le ciel tissé autour de l’étoile.

Ici rien ne bouge, mais tout aimante.

Le grain du cliché masque avantageusement les nuées pestilentielles
qui n’embaumaient pas que ces belles gueules d’atmosphère.
Le réchauffement climatique, déjà, était en route…

La plume du poète chatouille et réveille la sève enfouie dans les racines du Pech,

cette âme inaltérable et intemporelle,

torrent tumultueux qui irrigue les siècles et les parcelles.

Trente générations de mains déjà, des mains burinées et fécondes,

retroussant leurs manches, jouant des coudes et ouvrant les bras

pour creuser des sillons d’ombre entre les cornouillers et les genièvres,

tracer un labyrinthe de murets de pierres sèches

démarquant les constellations du Causse,

               éclairer les sourires de façades

tantôt caressées par les souvenirs d’antan,

tantôt giflées par les bourrasques d’Autan,

vouer les baies géminées aux gémonies des jeux d’arcades,

faire ronronner les moulins   le long du cours de l’Aveyron.

Les siècles et l’Aveyron s’écoulent en donnant au miroir des petites touches impressionnistes

L’Anglars et le Deymié [3] se renvoient des ogives en écho,

au gré des guerres de religion

d’une paroi à l’autre ricochent

              le chant du rossignol qui répond au bourdonnement des orchidées abeille

                         la rumeur des colporteurs et des bonimenteurs

                                  les effluves des tanneries et les éclats d’oc des obradors [4]

                                             le carrétou [5] brinquebalant qui réveille la venelle, vide

Sous le regard en coin des amoureux transis, bien au faîte de l’ogive.

Temps mêlés,

tant mêlés,

                                             sangs mêlés

« Juste un baiser »… mais pour l’éternité, coquin de troubadour

La page se tourne, le recueil se ferme…

La plume s’envole et redonne vie et voix aux humbles,

à tous ceux qui, sur ce Causse aride, dans cette vallée encaissée,

ont mis leur peu et leurs deux mains en commun et, inlassablement,

passé leur présent à façonner cette merveille sans limites qu’on appelle…

demain !

Merci au troubadour de Flouquet pour cette révélation

Le beffroi se pâme dans son écrin de verdure tant qu’il ne fait pas froid…

Pattes de mouche du Kfard :

[1] Corsage ou plastron léger porté avec une robe décolletée

[2] Olympe de Gouges est née le 7 mai 1748 à Montauban et morte guillotinée le 3 novembre 1793 à Paris. Elle est ainsi devenue la muse de Michel Audiard qui, dans « les Tontons Flingueurs », lui rendit un hommage appuyé avec cette citation culte : « On ne devrait jamais quitter Montauban ». Elle est une femme de lettres, devenue femme politique. Rédactrice en 1791 de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, elle est considérée comme une des pionnières françaises du féminisme.

[3] Le Roc d’Anglars et le Roc d’Aymié sont les deux éperons rocheux qui encadrent la vallée de l’Aveyron, au creux desquels est niché le village de Saint Antonin Noble Val

[4] Obrador (occitan) : atelier

[5] Carrétou (occitan) : petite charrette

Si vous vous êtes laissés bercer par ces lignes, vous adorerez les chefs d’oeuvre du troubadour de Flouquet, le poète Gilles Sicard, qui les a inspirées :

Plain-Champ. Caractères, 1994

Entre songe et silence. Les Amis de la Poésie, Bergerac, 1996

Ligne de vie. L’Ancrier, 1997

La bonne aventure. Le Cherche Midi, 2002

Ton rêve pour mon rêve. Club Richelieu de Châtelguyon, 2006

Le poirier du Pech. L’Harmattan, 2011 (Prix La Fayette, Prix de la Ville de Saint Lys)

Ramon Jordan. Lacour, 2016

N’en JT plus, la coupe (du Monde) est pleine

Vous comptiez sur Meta pour permettre à votre avatar de côtoyer Messi dans le métaverse ? Ces avares du Qatar lui ont grillé la politesse à coups de patates, de dunes de patates, de montagnes de patates : 200 milliards de dollars, ça fait quand même un peu plus de 131 millions de patates… purée !

Vous comptiez sur Meta pour permettre à votre avatar de côtoyer Messi dans le métaverse ? Ces avares du Qatar lui ont grillé la politesse à coups de patates, de dunes de patates, de montagnes de patates : 200 milliards de dollars, ça fait quand même un peu plus de 131 millions de patates… purée !

Mesdames et messieurs, affalez-vous dans votre fauteuil, calez bien votre seau de popcorns entre vos coussins adipeux (pourtant, il a dit peu, mais votre volonté et vos bonnes résolutions ont manifestement cédé), votre pinte de bière rafraîchissant votre main puis votre gosier qui va être très sollicité (« FAUTE, enc*** d’arbitre ! » « GOOOOOOOOOOOAL ! »), rivez votre regard et votre part de cerveau disponible sur votre écran, et préparez-vous à une expérience de réalité virtuelle qui dépasse l’entendement : mieux que la Coupe du Monde 2.0, voici la Coupe du Monde 2022 x zéro.

Baby, baby cooooool ! C’était bien un tube de Money B, non ?

Il n’y avait que du sable, du vent et une chaleur étouffante ? Ouvrez grands vos yeux ébahis : abracadabra ! Voici, sortis de nulle part, des stades rutilants de 40 à 80.000 places[1], débordant de hordes de supporters vibrionnants que le Qatar a réquisitionnés, équipés et soudoyés pour soutenir des équipes sur commande. Eh oui, pour remplir ces stades monstrueux pour un pays d’à peine 2 millions d’habitants et y réchauffer l’ambiance, et en même temps climatiser ces torchères à carbone à ciel ouvert pour éviter aux spectateurs et aux joueurs de se liquéfier sur place sous des températures qui peuvent atteindre 50°C, il faut savoir souffler le chaud et le froid.

Et c’est un art dans lequel les chèques – pardon, les cheiks – qataris excellent !

Quand il a fallu trouver les centaines de milliers de bras – d’abracada-bras – qui ont fait sortir de terre à marche forcée tous ces stades, hôtels, routes et aéroports jetables, l’émirat au bras long les a ouverts grand, ses bras, à des charters entiers de bras à louer prêts à se retrousser les manches. Mais le Qatar leur a très vite tordu le bras, les mettant à l’index, bloquant leurs droits sous le coude. A ce moment-là, les mises en bière autour des stades étaient monnaie courante[2], sans que l’Occident ne fasse beaucoup de mousse du sort de ces malheureux occis dedans.

C’est vraiment tes normes… mais plus c’est gros, et plus ça (tré)passe !

Voilà soudain, à J-4 de l’ouverture de la compétition, que les Qataris déclenchent une cata-strophe ! Ça ne rime pourtant à rien. Même Gianni Infantino[3], qui jadis se fit fat, a cessé de dé-Blatterer et s’écrase devant la volte-face soudaine et unilatérale du pays organisateur qui vient de décider, sine die, de retirer l’autorisation de s’enfiler des bières dans l’enceinte et autour des stades – de mettre l’orge hors-jeu, en somme. C’est une secousse tellurique d’au moins 7° sur l’échelle de Budweiser (qui atteignait jusque-là péniblement les 5°) ! 

Si les bières on peut les remplir avant, mais pas les vider pendant la compétition, ça ne risque pas de faire déborder le vase, à la longue ?

Allez, arrêtez donc de faire la fine bouche et venez profiter de cette grande orgie entre adultes consentants sous le chapiteau géant : 3,2 milliards de téléspectateurs à travers le monde, 1,2 million de visiteurs attendus sur place avec une chaîne du froid garantie entre les hôtels, les avions ou les paquebots et les stades climatisés. Quelle classe, ces 160 rotations aériennes quotidiennes prévues entre le Qatar et les émirats voisins (un vol toutes les 10 minutes, mieux que le RER A à Paris !) pour drainer les foules attendues (on pourra au moins se bourrer la gueule dans l’avion pour se consoler de ne pas trouver de bière à l’arrivée :-).

Et pendant ce temps-là, à Charm-el-Cheik… la COP 27 distribue des cartons jaunes et rouges à tout-va dans l’indifférence générale…

Laissons les gamins, les Greta Thunberg et autres idéalistes en culottes courtes disserter gravement sur l’urgence climatique et se cramponner aux engagements nécessaires pour éviter d’épuiser les ressources naturelles de la planète dès le 28 juillet chaque année [4]! Ah ces rêveurs qui veulent absolument sauver le monde avant que la fin de la partie ne soit sifflée, on ne leur a pas appris à s’amuser ou quoi ?

La promenade des sanglés ? Nice, isn’t it ?

[1] 6 des 8 stades qui seront utilisés pendant les 4 petites semaines que durera la compétition sont totalement nouveaux. Une partie des structures (comme par exemple le nouveau « stade 974 » à Doha) est conçue pour être démontée, et dans certains cas réinstallée dans des pays en voie de développement : vous y croyez, vous ?

[2] Des associations estiment à 6500 au moins le nombre d’ouvriers morts – pour l’essentiel des travailleurs étrangers – sur les chantiers liés à la Coupe du Monde 2022 au Qatar

[3] Président de la FIFA depuis février 2016, en remplacement de Sepp Blatter, qui présidait l’organisation le 2 décembre 2010 (date anniversaire du sacre de Napoléon 1e en 1804, de la bataille d’Austerlitz en 1805 et du coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte en 1851 ! Tout un symbole pour notre belle démocratie !), lors de l’attribution controversée de la Coupe du Monde 2022 au Qatar

[4] En 1970, ce “jour du dépassement” était… le 29 décembre, impressionnant non ?

L’amère, qu’on voit tancer le long des golfs si chers

C’était au temps où Charles traînait, c’était au temps où Jacques Brel Bruxellait… on pouvait alors encore se laisser bercer par l’écume des jours et l’inlassable rumeur des vagues sans sentir peser la menace du Grand n’importe quoi

L’amère

Qu’on voit tancer            

Le long des golfs si chers

A des relents réac-

-tionnaires,

Des relents dérangeants

Sous la pluie

L’amère

Qui fait pitié, au fond

Ses blancs bougons

Refusent l’mélange des purs

L’amer –

– bière ou le p’tit jaune, c’est fini !

Oyez

Ces chiens aboyant

Ces pauvres cerveaux rouillés

Voyez

Ces pigeons blancs

Et ces raisons brouillées

L’amère

Les a bernés

Au nom de dogmes de fer

Et au son des tambours

L’amère

A asséché leur coeur, l’a tari

L’amère

Qu’on voit tancer

Le long des golfs si chers

A des relents réac-

-tionnaires

Des relents dérangeants

Sous la pluie

L’amère…

Librement inspiré de « La Mer » de Charles Trenet

Alités et abattus par les 49.3 voleurs !

Qu’elle est loin d’Esculape ou de Poquelin l’époque, ou un petit malin ultracrépidarien pouvait se prétendre médecin malgré lui !
Bientôt il sera trop tard pour pleurer, pour regretter, pour essayer de rattraper. Et le temps sera là, pour nous tous, de vivre dans notre chair la souffrance que nous les laissons endurer depuis si longtemps déjà, ces cordonniers si mal chaussés.

Qu’elle est loin d’Esculape ou de Poquelin l’époque, ou un petit malin ultracrépidarien pouvait se prétendre médecin malgré lui !

Aujourd’hui il arrive à fond de train, le temps où nous nous rendrons compte – juste un peu trop tard – que nous avons dépassé les Borne, en détournant celles et ceux qui n’aspirent qu’à un rêve, un idéal – nous soigner et nous guérir – et qui y consacrent corps et âme 10 années de leur jeunesse, de leur sainte vocation,

où nous nous retrouverons tout étourdis en salle de réveil, ayant basculé dans le monde d’après, amputés de cet organe dont nous étions si fiers, et que nous avions mis des décennies à développer et perfectionner : notre système de santé. Nous ne nous rendions pas compte de notre privilège insensé, nous étions pourris gâtés, et mal habitués : la santé, c’était automatique (c’tait tôt scope, aussi, mais ça c’est une autre histoire).

Bientôt il sera trop tard pour pleurer, pour regretter, pour essayer de rattraper. Et le temps sera là, pour nous tous, de vivre dans notre chair la souffrance que nous les laissons endurer depuis si longtemps déjà, ces cordonniers si mal chaussés.

A force de les user, de les pressurer et de les essorer, nos pros thésards et autres prothésistes, nuits de garde après jours d’astreinte, tracasseries administratives après coupes budgétaires, vous verrez qu’un jour ces ingrates et ces ingrats finiront par jeter l’éponge et se résigneront à renoncer à devenir un jour médecins, malgré eux !

La flamme sacrée de leur serment d’Hippocrate se consume déjà dans le brasier nourri par les sarments secs et cassants d’hypocrites. « Nous vous avons compris ! » péroraient les suffisants drapés dans leur Ségur grandiloquant, et qui avec leur charité condescendante se sont bien moqués de l’hôpital, en loques. En leur faisant un bébé dans le dos, ils pensaient vraiment réussir à faire croire à des experts en gynécologie et pédiatrie qu’ils les mettraient en cloque d’un avenir radieux, ces encéphalocrates avec leur tromperie de Fallope ?

Nos héros des temps modernes nous avaient arraché des larmes et des salves d’applaudissements quotidiennes il n’y a pas si longtemps, mais que reste-t-il quelques mois seulement plus tard de cet élan furtif ?

Elles et eux n’ont qu’une ambition, nous en débarrasser, et pourtant ils se voient constamment soupçonnés de tous les maux !

Ils passeraient leurs jours et leurs nuits à creuser le trou de la Sécu, nos graines de proctologues ? Vous les côtoieriez comme je les côtoie, ces mineurs de fond, vous verriez avec quelle abnégation, avec quel dévouement – avec quelle rage désespérée parfois – ils soignent inlassablement les plaies des âmes et des hommes.

Ces carabins sont traités comme des esclaves dignes de Germinal, par des mandarins qui portent comme un bâton de maréchal la chance d’avoir survécu à cet Enfer, et d’y avoir atteint l’âge d’enfin faire endurer à d’autres le raffinement des tortures qu’ils ont subies et qui ont consumé leurs plus belles années. N’est cécité qu’ils ne rêveraient faite loi, fût-ce celle du Talion.

Ça fait tant d’années que ça dure, qu’ils nous annoncent la fin de ce monde et qu’ils sont toujours là, à continuer à s’échiner sans rechigner quand seules leurs banderoles « en grève » et leurs mines épuisées nous permettent de deviner qu’ils en ont gros sur le palpitant. Imaginez, des grèves qui n’empêchent pas les grévistes de travailler !  Même les capitalistes les plus visionnaires n’avaient osé rêver d’une idée aussi réactionnaire ! 

Ils ne gémiraient pas un peu avant d’avoir mal, nos experts du Vidal ? Ils ne se cabreraient pas un peu sous le harnais, ces hypocondriaques aux velléités de révolte ?  Pourquoi ne pourraient-ils pas continuer encore à endurer cet état de fait, jours après jours, nuits après nuits, années après années, jusqu’au dégoût, jusqu’au malaise et au-delà s’il le faut ?

Si nous persistons à faire l’autruche, ils vont finir par sortir de leurs gonds, nos internes, quand le Caducée leur aura sucé jusqu’à la … mort ? moelle ? nœud ?

Et quand la porte sera laissée béante et claquera sous les bourrasques brutales de l’histoire, qui et qu’est ce qui restera debout pour nous sauver, nous et notre si chère et fragile santé ? A défaut d’un éclair de génie, trouverons-nous une étincelle de lucidité en frottant notre lampe, pour sauver notre trésor et ses gardiens de leur extinction, qui menace de nous envoyer tous voler au tapis avant 1001 nuits ?

Coup de chaud aux quatre coins du Globe…

Près d’un an que les Talibans sont de retour au pouvoir, et tout le monde semble avoir, de vue et d’attention, complétement perdu Kaboul !

Près d’un an que les Talibans sont de retour au pouvoir, et tout le monde semble avoir, de vue et d’attention, complétement perdu Kaboul !

Oh nous ne manquons pas d’excuses, pensez-donc : notre pauvre cerveau n’est guère disponible, découpé qu’il est en tranches d’infos fumantes ou sanguinolentes qui s’y déversent en continu, hachées finement, assaisonnées de mots au poids et de photos choc, servies toutes chaudes –brûlantes même ces dernières semaines – entre deux tranches de pub qui font miroiter sous nos yeux ébahis l’herbe tellement plus verte dans le jardin du voisin.

Il faut dire qu’avec la fumée qui sature notre écran et dévore nos forêts, et avant elle, l’« opération spéciale » russe en Ukraine, ça ne laisse guère de place dans les « éditions spéciales », une fois traité l’essentiel de l’actualité : les terrasses et les bouchons estivaux ! Imaginés par des services décidément spéciaux (à défaut d’être toujours compétents[1]), les effets spéciaux de l’opération Z réussissent l’exploit de dépasser, en bruit et en fureur, ceux d’un film de série Z avec Steven Seagal ou Jason Statham : bombes thermobariques, missiles hypersoniques, roquettes sur la plus grande centrale nucléaire d’Europe, même eux n’avaient pas osé, c’est dire ! Et puis la guerre en Ukraine, ça fait plus que nous émouvoir, ça nous touche au plus profond des tripes : déjà plus de moutarde pour nos andouillettes, bientôt plus de gaz pour nos usines, voire plus de pétrole pour nos idées ! Sans compter les zakouskis, vodkas et autres caviars qui, s’il est certes difficile de les faire passer pour aussi vitaux que l’arrosage de nos très chers terrains de golf en pleine alerte canicule, agrémentaient quand même bien l’ordinaire des bons vivants, avant ces foutues sanctions bien-pensantes !

Alors, pensez-donc, des millions d’Afghanes auxquelles leurs bienfaiteurs auto-proclamés épargnent le stress du choix de la tenue qu’elles mettront le jour de la rentrée,

des millions de petites filles qu’ils prennent le temps de taquiner, en leur faisant croire pendant quelques heures qu’elles pourraient retourner sur les bancs de l’école, avant de révéler l’hilarante supercherie,

Dessin de Wilcox dans le journal Sydney New Herald : « Pendant ce temps, en Afghanistan : « Mais vous aviez promis qu’on pourrait retourner à l’école » – « Ha ha ! Vous les filles, vous n’apprenez jamais [de vos erreurs] ! »

des millions d’Afghanes qui ne souffrent d’aucune pénurie de fournitures : effaceurs et gommes (de leur corps, de leur visage, de leur voix, de leurs emplois, jusqu’à leur existence) leur sont fournis à profusion, comme l’encre des décrets qui noie leurs libertés chèrement conquises les unes après les autres et badigeonne le moindre centimètre carré de peau féminine sur toute affiche, ou les rapporteurs dont la délation suffit à leur valoir lapidation,

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des milliers d’Afghanes égayées à coups de kalachnikov en l’air pour disperser leur manifestation, au lieu de les trouer de balles comme y inciterait pourtant la tradition millénaire  – quand on pense au prix de la balle, en cette période d’inflation ! Ces impertinentes osaient réclamer « pain, travail et liberté » ! Et puis quoi encore ? Pourquoi pas la parité, tant qu’elles y étaient ?

des millions d’Afghans qui n’auront bientôt plus assez de feuilles d’épinards à sucer pour s’inquiéter de la pénurie de beurre, de toit sur leur tête pour se plaindre de la hausse des loyers, de la plus simple attention d’un frère humain pour crier leur désespoir.

Comment voulez-vous qu’on puisse s’intéresser à eux ? Ils ne font vraiment aucun effort pour nous ressembler, alors comment imaginer éveiller ne serait-ce qu’un minimum de compassion ?

Même les plus vilains terroristes ne parviennent plus à nous faire frémir, réduits qu’ils sont à jouer le rôle de méchant d’une pub de la MAAF ! « Je les aurai un jour, je les aurai ! » a dû se dire Ayman al-Zawahiri, profitant des rayons du soleil levant sur la terrasse de Kaboul où il s’tait caché… pour finir en tartare, éparpillé façon puzzle par le dernier cri furtif (si, si, ça existe !) de la technologie du gendarme du monde, après un ordre sans doute twitté depuis l’autre bout de la planète : hache-tag…eule, mdr

Au lieu de jeter un voile intégral sur ce désastre humanitaire, et réduire cette plaie béante à un Afgha-néant, il serait temps que nous réalisions enfin que si la Terre est ronde (sphérique, me diront certains extrémistes radicaux de la précision scientifique), et que seule sa surface est viable (jusqu’à une certaine profondeur quand même, croiront utile de préciser certains mineurs et plongeurs de l’extrême), c’est précisément pour qu’il n’y en ait ni bout, ni centre, mais un seul peuple, une seule Humanité et au-delà, une seule communauté du vivant qui a le privilège d’y faire un séjour, avant de devoir rendre les clés au propriétaire…

Le jugement dernier, ce sera notre état des lieux de sortie !


[1] Si vous ne l’avez pas lu encore, je vous recommande l’excellent roman Les services compétents, de Iegor Gran, qui retrace la traque d’un écrivain dissident par le KGB dans les années 1960