« Et un, et deux, et cinq ans de plus » entonnent déjà les marcheurs de l’an 5, depuis les vieux grognards qui se sont fait pincer l’oreille plus qu’à leur tour – le maréchal Ferrand ou le Castaner de rien – jusqu’aux opportunistes de la treizième heure dont les chaussures de randonnée sentent encore le neuf.
« Et un, et deux, et cinq ans de plus » entonnent déjà les marcheurs de l’an 5, depuis les vieux grognards qui se sont fait pincer l’oreille plus qu’à leur tour – le maréchal Ferrand ou le Castaner de rien – jusqu’aux opportunistes de la treizième heure dont les chaussures de randonnée sentent encore le neuf.
L’an 5 de quoi ? De cette révolution 2.0 qui a réussi le tour de force de dynamiter les deux principaux partis de gouvernement, statues de commandeurs inamovibles depuis plusieurs générations, en les réduisant en confettis de moins de 5% des suffrages ! En 1859, le carnage de la bataille de Solférino avait abouti à la création de la Croix-Rouge. Le naufrage socialiste n’était guère moins violent cette fois-ci, mais les derniers irréductibles à la rose au poing ont été poussés dans les cordes, exilés en banlieue à Ivry sur Seine, loin, bien loin de la prestigieuse adresse historique au cœur de Paris.
Pour le Parti Socialiste aussi, il aura fallu tirer une croix rouge sur le siège de Solférino, en 2018
Qu’aurons-nous gagné à la place ? Après Napoléon III, aurons-nous droit (car il faut se rendre à l’évidence, ils sont tous deux tout sauf gauches, même s’ils ont essayé de faire semblant le temps d’un débat) à Emmanuel II en pire libéral ou à Marine 1e en pire autoritaire ?[i]
Cet Empire se soldera-t-il, lui aussi, par la bataille de Sedan (bas, contre ceux d’en haut), et l’instauration d’une nouvelle République, réclamée à corps et à crics par Mélenchon, l’infortuné troisième de la compétition qui rêve ouvertement d’une revanche au parlement, et qui, finalement, projetterait bien son hologramme à la tête du gouvernement ?
L’héritier putatif Emmanuel II n’est pas regardant sur les lignées dont il se réclame, depuis De Gaulle en passant par François et Nicolas. En juin 1853 son lointain ancêtre généralisait le régime de retraite par répartition pour les fonctionnaires (à 60 ans !) et voilà qu’Emmanuel fait de la réforme de cette institution le cheval de bataille de son règne à venir. Le 25 mai 1864, Napoléon III instaurait le droit de grève, dans un contexte de luttes sociales dures qui inspirèrent à Zola son roman « Germinal ». Il ne se doutait pas encore qu’il glisserait ce caillou dans la chaussure d’un marcheur ampoulé qui se retrouverait assiégé par des hordes de gilets jaunes !
A l’époque, Movember, ça avait vraiment de l’allure !
En 1855, Napoléon III, qui s’était opposé à la Russie dans la guerre de Crimée (déjà !), remportait une victoire décisive à la bataille de Ma…lakoff. Emmanuel II ou Marine 1e auront-ils le même engagement et la même réussite, ou mériteront-ils au contraire les Châtiments[ii] d’un Hugo frais, tonnant « Adieu, Monsieur le Professeur » ou « Elle descend de la Montagne »[iii] ?
Espérons que ce second en pire permettra au moins de sauver les meubles. Personnellement, je me passerais volontiers de la mise en vitrine des nouveaux modèles qui avaient caractérisé le style Napoléon III : les poufs, boudeuses et confidents en tous genres. Regardez-les, malgré les couches d’ans caustiques et l’odeur de sire, ils piaffent d’impatience de trouver leur place sous les ors des palais de la République, dans l’ombre de Marine, avides de s’accaparer l’RN du pays.
Trouvons-leur une utilité pour la France en les recyclant : c’est quand déjà les horaires d’ouverture d’Emmaüs ?
Rem-Pile ou Face-iste ? Vous laisseriez vraiment le hasard décider pour vous ?
Pattes de mouche du Kfard :
[i] Le second Empire est analysé en 2 périodes par les historiens :
L’Empire autoritaire (de 1852 à 1860)
L’Empire libéral (de 1860 à 1870)
[ii] Les Châtiments (1853) est un recueil de poèmes satiriques de Victor Hugo qui éreinte Napoléon III. Zola écrivait : « Le Napoléon III des Châtiments, c’est un croquemitaine sorti tout botté et tout éperonné de l’imagination de Victor Hugo. Rien n’est moins ressemblant que ce portrait, sorte de statue de bronze et de boue élevée par le poète pour servir de cible à ses traits acérés, disons le mot, à ses crachats »
[iii] Deux des plus grands tubes (si,si – OK boomer) du chanteur Hugues Aufray, taillés sur mesure pour chacun de nos 2 finalistes
Oyez, oyez, gentes dames et braves gens,
Ou braves dames et gentes gentes,
Comme il vous plaira !
Aujourd’hui, tout est encore permis,
Aujourd’hui, tout est déjà promis !
Bonjour à vous tous, les Kfards Dchaînés ! Vous m’avez terriblement manqué pendant cette longue hibernation.
Quel pénible hiver, à défaut d’avoir été rigoureux !
Le Kfard ouvre enfin les yeux et les oreilles sur le Monde qui l’entoure, et, encore engourdi, mais affamé de curiosité, il se pose 2 questions…
Bonjour à vous tous, les Kfards Dchaînés ! Vous m’avez terriblement manqué pendant cette longue hibernation.
Quel pénible hiver, à défaut d’avoir été rigoureux !
Le Kfard ouvre enfin les yeux et les oreilles sur le Monde qui l’entoure, et, encore engourdi, mais affamé de curiosité, il se pose 2 questions :
Qu’est-ce que j’ai manqué depuis le 23 novembre dernier ?
Qu’est-ce qui m’a sorti de cette hibernation ?
Qu’est-ce que j’ai manqué ?
Le grand manteau blanc qui devait magnifier l’Empire du Milieu pour sa grande parade olympique s’est désagrégé en miteux lambeaux de neige artificielle. Xi comptait pourtant beaucoup sur lui pour cacher sous son tapis immaculé les cendres encore chaudes de l’incendie de la Covid qui avait pris là – et s’était répandu à travers la planète comme une traînée de poudre courant le long des Nouvelles Routes de la Soie. Il avait pourtant mis le paquet sur les tambours et les trompettes de la cérémonie de clôture (sic) pour étouffer les gémissements des Ouïgours parqués derrière des barbelés bien serrés et acérés, et qui montrent une obstination d’Ukrainien à survivre envers et contre tout ! Les breloques d’or, d’argent et de bronze se sont alignées comme il se devait sur les poitrails gelés, mais gonflés de fierté des héros exposés en vitrine du régime. 3e au classement avec 15 médailles (derrière les Norvégiens et les Allemands qui sont nés avec des skis ou des patins aux pieds, et n’ont d’autre choix que le sport pour occuper leurs longues soirées des 6 mois d’hiver), la face est sauvée, à défaut de l’engouement populaire et de la magie olympique. Faudrait quand même pas verser dans la douce rêverie !
L’arène des neiges a perdu de sa superbe : « libérééééée, dégivrééééée ! »
Point de frimas, donc – ou si peu – mais que de courants d’air glaçants aussi dans notre hexagone, notre village gaulois que d’aucuns ont persisté durant les semaines et les mois passés et repassés à rapetisser, étriquer davantage, au gré d’une campagne morne et désolante, qui va réussir à désespérer même les plus profondes de nos campagnes.
De quelle cacophonie de chimères tous ces cacochymes nous ont abreuvés, pendus à l’ondulation capricieuse des sondages, répandant leurs traînées de poudre sur les réseaux sociaux en espérant l’étincelle qui les propulserait au plus haut de l’affiche.
Que s’est-il donc passé depuis les billets « de Ah à Z » du 3 octobre et « En primaires aussi, c’est la rentrée » du 24 septembre dernier ? Tellement de bruit et si peu de fond… à peine de quoi bercer le Kfard Dchaîné dans la torpeur de son hibernation.
Ok, mais qu’est-ce qui m’en a sorti ? (de quoi ? Mais de mon hibernation… dites, les distraits, faudrait suivre…)
C’est pourtant une question qui ne se pose guère pour les millions, les milliards de mes congénères hibernants – mammifères, coléoptères et autres pauvres hères ! C’est une évidence, une lapalissade ! Ils sortent naturellement de l’hibernation quand Mère Nature sort de l’hiver, quand elle donne un coup de pédale vigoureux au Grand Cycle de la vie, vers un soleil plus haut, des jours plus longs, une terre plus chaude. Quand des torrents bouillonnants de sève partent à l’assaut des ramures, poussant les arbres jusqu’au ciel, les faisant éclater en un feu d’artifice de bourgeons et de fleurs multicolores. Quand le gazouillis d’une volée d’oiseaux, le bourdonnement de nuées d’insectes se mettent à couvrir le ronronnement de la fourmilière humaine affairée à courir derrière le temps. D’autant plus affairée qu’on vient de lui en confisquer une heure, de ce précieux temps qu’elle s’échine à essayer de rattraper, en passant à « l’heure d’été »… vite, encore plus vite, toujours plus vite.
– o –
Oui mais… cette année la question mérite néanmoins d’être posée. Est-ce vraiment le gazouillis du Cycle magique des saisons qui a réveillé le Kfard ? Ne sont-ce pas plutôt les hurlements stridents des armes et des victimes du Cycle infernal de la Guerre, ce Diable sorti de sa boîte en Ukraine depuis le 23 février ?
Nous savions déjà que Vladimir était capable de tout (rappelez-vous le billet « Rouge Grésil » de mars 2021), nous découvrons avec horreur et sidération qu’il peut tout aussi bien faire n’importe quoi.
Décidément, la « guerre des boutons », c’était mieux en noir et blanc…
Le Tzar incontesté de la prestidigitation ! Jugez plutôt : en un coup de baguette magique :
Il a transformé un intermittent du spectacle (Zelens qui ?) en chef de guerre, héros mondial et futur prix Nobel de la Paix
Il a réussi l’exploit d’embarrasser tous ses amis et coaliser tous ses ennemis qui pour certains ne pouvaient pas se voir en peinture auparavant, pour soutenir activement sa victime expiatoire, l’Ukraine et son peuple
Il a déployé un arsenal qui ferait rêver Kim Jong Un (une armée surpuissante de plus de 150.000 hommes, appuyée par des centaines d’avions de chasse, des milliers de chars, des centaines de navires de guerre, et même des armes dont on n’avait encore jamais entendu parler – malgré les efforts des journaux télévisés à nous étaler à longueur d’édition toutes les horreurs du monde – comme des bombes thermobariques, des missiles hypersoniques,…), sans parvenir à prendre plus d’une ville d’importance en Ukraine…
Il a exposé au monde entier les trous béants que dissimulait cette vitrine de « 2e armée la plus puissante du monde » dont il avait entretenu la menace à si grands frais depuis son accession au pouvoir
Il a déployé la campagne de « social media » la plus largement diffusée de tous les temps pour un candidat à la présidentielle en France (n’essayez pas de me dire que vous ne voyez pas de quoi je veux parler… Ce « Z » étalé à la peinture blanche sur le moindre tank, le moindre véhicule kaki de l’armée Russe qui tournaient en boucle sur nos écrans, vous pensez vraiment qu’on n’a pas compris le message subliminal ? Vous nous prenez pour des enfants de chœur, Monsieur Poutine ?)… et le plus grand « pshitt » de tous les temps, le Zoufflé étant retombé juste après.
Enfin, et ce n’est pas le moindre des exploits, il a fait hésiter (oui, oui, vous lisez bien : hésiter ! Or, s’il est communément admis que regarder n’est pas tromper, hésiter, le doute n’est pas permis, c’est déjà trahir – et passible de 15 ans de camp d’internement selon les normes locales de la justice poutinienne) le camarade Fabien Roussel, candidat du Parti Communiste à l’élection présidentielle, quand un enfant lui a demandé si Staline était un de ses « camarades ».
Et pour calmer ses nerfs, et que toute cette esbrouffe serve quand même à autre chose qu’à le ridiculiser aux yeux du monde – y compris de la plupart de ses compatriotes, qui constituent pourtant son « cœur de cible » – il a profité du chaos et du tintamarre pour condamner Alexeï Navalny à 9 ans de prison « à régime sévère », ni vu, ni connu.
Comment on dit « team building », en Russe, déjà ?
Cela aurait pu être sujet à moquerie, si ça ne portait pas depuis 32 jours de tels coups de boutoir à l’Ukraine, à la Russie et à l’Humanité toute entière.
Les hurlements stridents des missiles, des obus, des balles et des sirènes sont assourdissants, et pourtant ils ne sont rien à côté de ceux des familles déchirées et de l’Humanité qui perd, une fois encore hélas, si près d’ici et maintenant, sa dignité et tant des siens.
M’ont-ils – nous ont-ils tous – réveillés en sursaut, ces hurlements ?
Qu’il serait bon d’y croire, à ce sursaut de la solidarité entre les hommes, avec l’accueil des réfugiés – tous les réfugiés, quelle que soit la couleur de la souffrance et de la misère qu’ils sont contraints de fuir au point de n’avoir d’autre choix que l’exil. Qu’il serait doux d’y croire, à ce « monde d’après », où l’on aurait enfin compris que le destin de chaque habitant de cette planète est inextricablement et solidairement lié à celui de tous les autres.
Si notre apprentissage de la Paix devenait interminable, notre planète toute entière ne finirait-elle pas en une Terre minable ?
Le menu annonçait « pigeon aux olives » en entrée, j’aurais dû me méfier !
Réveillons-nous enfin ! Sortons de notre hibernation !
Que nos cœurs ardents réchauffent ces 4.3 millions d’enfants d’Ukraine
Dans ce bal masqué de dupes, démasquons les faux-monnayeurs qui veulent nous faire prendre des vessies pour des lanternes, des bitcoins pour des lingots, un emballage de fast-food pour un chef d’oeuvre !
Dans le monde d’avant, il arrivait assurément qu’un clandestin chafouin dissimule, qu’un cachotier secret camoufle, qu’un dévot prosélyte voile, voire à l’occasion qu’un illusionniste illustre escamote.
Mais jamais encore, au grand jamais, n’avait-on vu (pas vu, quand on y réfléchit…) une telle masqu’arade à l’échelle (ou au chevet ?) de la planète !
Il y a certes 50 nuances d’aigris dans ce carnaval sans visage, entre les belles de nuit zélées qui portent le masque à ras et les anti, qui mascagnent pour le supporter, mais à toute occasion le masque harponnent.
Cependant l’humanité entière, pour affronter la menace de la pandémie, a perdu la face, dévisagée, défigurée, coupée en deux par ce masque chirurgical qui porte si bien son nom, qui souligne son regard mais barre son expression, qu’elle soit sourire ou moue.
Pensiez-vous que l’Homme n’aurait qu’une hâte, après s’être vu imposer une telle contrainte, de recouvrer au plus vite sa liberté de mouvement, d’exposition et d’expression ?
Eh non, hélas ! Perdu !
« Arc de Triomphe – wrapped – 1961-2021 » … sponsorisé par Uber Eats ou KFC ?
Quelle est une des premières initiatives artistiques qui germa dans ce monde d’après ? Au lieu de se précipiter pour enfin tomber le masque, ce qui, vous en conviendrez, avait tout d’une perspective emballante… une secte de joyeux drilles choisit de masquer la tombe – celle du Soldat qui était pourtant déjà inconnu – en empaquetant l’Arc de Triomphe du Champ de Mars. Mais qu’est-il donc passé par la tête de ce gang à Christo pour escamoter ainsi ce diamant dans sa gangue, au lieu de le laisser enfin briller au milieu de ses mille feux ? Certes, ils y ont mis le paquet – 14 millions d’euros pour bâcher l’édifice, on peut parler de masqu’arade monumentale – mais était-ce vraiment un cadeau à nous faire ?
Lorsque Christo avait imaginé d’emballer le Pont Neuf en 1985, l’idée au moins l’était aussi, mais là il devient décidément difficile de masquer l’absence d’originalité et d’imagination dans cette vulgaire répétition au goût de café froid, malgré ses 25.000 m2 de bâche, ses 3 kilomètres de corde déployés et les millions de messages panégyriques relayés sur les réseaux – que certains imaginent encore sociaux.
Je suis prêt à garder le masque le temps qu’il faudra pour protéger ma santé et celle de mes voisins, mais faut-il obligatoirement porter aux nues le fagotage indécent d’épouvantail des champs dans lequel on a enlisé ce joyau de la plus belle avenue du Monde ?
Fidèle à la promesse du Kfard Dchaîné, essayons de changer de perspective pour voir si c’est mieux, vu du ciel ? … Décidément non, c’est raté d’où qu’on le regarde.
Mais qu’est-ce donc dont il est question, ces métavers qui pullulent, se tortillent et se contorsionnent dans le terreau de la toile depuis des années, et que Facebook vient d’imposer en haut de l’affiche, avec sa décision de se rebaptiser… META, pour marquer son ambition d’imposer son propre métavers comme nouvel horizon des réseaux sociaux d’aujourd’hui ?
Mais qu’est-ce donc dont il est question, ces métavers (metaverse en anglais) qui pullulent, se tortillent et se contorsionnent dans le terreau de la toile depuis des années, et que Facebook vient d’imposer en haut de l’affiche, avec sa décision de se rebaptiser… META, pour marquer son ambition d’imposer son propre métavers comme nouvel horizon des réseaux sociaux d’aujourd’hui ?
L’idée est simple, voire simpliste : nous permettre de nous évader de la vraie vie perçue comme réellement compliquée, voire insatisfaisante pour la majorité d’entre nous, pour nous réfugier dans un métavers, un Deuxième Monde ou Univers virtuel, recréé sur un écran, une rétine ou directement dans notre cerveau, qui serait tellement plus satisfaisant.
Ready Player One ?
C’est ainsi que Steven Spielberg interpelait le spectateur pour son film de science-fiction fin 2017 (il y a seulement 4 ans, mais nous étions encore dans « le monde d’avant » !). L’OASIS, cet univers virtuel au cœur de l’intrigue, n’est-il qu’une n-ième déclinaison de Matrix ? Ou est-ce déjà un œuf de métavers ou une larve de proto-métavers ?
Un casque et des gants qui donnent accès à un univers virtuel et des interactions infinis, même seul dans un container sordide… tout est là, dans « Ready Player One »
Cette soif d’un ailleurs est le propre de l’humanité, qui depuis la nuit des temps imagine, ouvre, crée des horizons et des univers inédits et multiples. Univers oniriques encouragés parfois par des pratiques chamaniques ou des substances psychotropes, croyances, mythes et religions, ballades de troubadours, littérature, théâtre, peinture, cinéma, parcs d’attraction, jeux de société, carnavals et bals masqués, ohé, ohé, autant de portes ouvertes sur des myriades d’univers parallèles qui déploient leurs ailes pour élever notre âme… ou parfois la perdre si on s’y égare.
Le développement et la sophistication des moyens et des médias qui nous ont progressivement donné accès à des territoires de plus en plus vastes en des périodes de temps de plus en plus courtes, a permis de multiplier les occasions d’emmêler différents univers.
Deux exemples particulièrement réussis à la fin du siècle dernier, que le Kfard vous recommande :
En 1988, dans le très inspiré « Qui veut la peau de Roger Rabbit », des personnages de dessin animé se fondent dans le monde réel, et inversement, des personnages réels investissent l’univers de dessin animé (la bande-annonce de 3 minutes est là : https://www.youtube.com/watch?v=7T_oQ3dxrAQ)
Contrairement aux apparences, Roger Rabbit était un chaud lapin !
En 1997, Marc Hollogne a monté une pièce de cinéma-théâtre bluffante, Marciel monte à Paris, où la scène, découpée en deux parties, voit passer l’acteur de l’écran de cinéma à la scène de théâtre dans une chorégraphie virevoltante. (jetez donc un coup d’oeil sur cette vidéo de présentation YouTube d’une dizaine de minutes : https://www.dailymotion.com/video/xsc5d8)
Une illustration de la scène alliant les univers du cinéma et du théâtre, que Marc Hollogne a magnifiquement mariés, en particulier dans son spectacle, « Marciel monte à Paris »
Les technologies digitales ont permis d’accélérer encore ce « mélange des mondes ».
En 1997 déjà, Canal + Multimédia et Cryo avaient imaginé un proto-métavers appelé le Deuxième Monde, et dont le remake américain (nommé… Second Life, pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple) avait connu ensuite un large succès.
A émergé ensuite le concept de réalité augmentée, illustré à merveille par la folie du jeu « Pokemon Go » sorti en 2016, qui a amené des hordes de gamins à courir derrière leur portable pour débusquer des Pokemons « cachés » géolocalisés dans leur environnement réel… en se mettant parfois vraiment en danger pour « attraper » un spécimen rare, de l’autre côté de la route ou du ravin.
Mais l’ambition de Facebook (pardon, META) et consorts va désormais bien au-delà. Il s’agit maintenant ni plus ni moins que de retourner « la matrice » comme une chaussette, pour faire directement du Deuxième Monde qu’est leur métavers… le premier.
Pourquoi donc se coltiner la froide et banale « vraie vie » où il faut sortir les poubelles même quand il gèle et écouter poliment le voisin se vanter de ses succès professionnels alors que les huissiers sont à vos trousses, alors que votre meilleure vie est à portée de clic, dans la peau d’un avatar fantasmé, dans un décor de rêve, tel Jake Sully, le héros du film Avatar, paraplégique dont l’avatar séduit la princesse du peuple Na’vi de la planète Pandora et prend la tête de leur rébellion contre les exploiteurs capitalistes terriens sans scrupules.
En ouvrant la boîte de Pandora, il a joué l’avenir aux dés, Cameron ?
Vous vous rendez compte ? Plus besoin de se préoccuper du temps qu’il fait, de l’environnement dans lequel on se trouve, de la taille de son salon ou de son jardin, de son entourage, de sa garde-robe, de sa toilette, du réchauffement climatique, de la qualité des infrastructures de transport, de la politique ou des élections, de la lutte des classes,…
On pourrait se contenter de vivre chacun dans un container. Un casque de réalité virtuelle et une combinaison tactile, une connexion internet, et hop, nous projetterions notre avatar virtuel dans n’importe quelle partie de n’importe lequel de ces métavers… pour y croiser nos voisins, enfermés comme nous, chacun dans sa boîte, dans des pyramides de containers entassés tels des morceaux de sucre, qui forment une immense montagne (une Zuckerberg, en somme). Un univers dystopique déjà décrit par Jean-Michel Truong en 1999 dans son roman d’anticipation « Le Successeur de Pierre »… et dont nous avons tous fait l’expérience « en live » il y a quelques mois, c’était le temps du « confinement ».
Nos jeunes générations, elles, testent cette expérience de super-aventurier ultra-sédentaire depuis belle lurette, explorant continents, mondes et univers infinis sans quitter leur chambre et leur écran des yeux, dans les métavers des jeux en ligne comme Minecraft, World of Warcraft, Fortnite,…
Une scène de l’univers de jeu de World of Warcraft… ça n’aurait pas des airs d’Avatar, ou c’est moi qui m’égare ?
Des univers fantastiques où la faucheuse se retrouve au chômage, où les vies sont illimitées (tant qu’on a de quoi payer…), où on meurt comme on trébuche, et puis on se relève comme si de rien n’était, sans même avoir à épousseter ses vêtements ou éponger le sang qu’on a pourtant perdu à gros bouillons. Où les crimes les plus sauvages, les plus abjects, eux aussi, sont illimités, puisqu’ils ne prêtent pas à conséquence – n’en déplaise aux Dieux si désespérément rancuniers des religions du monde …euh, réel… enfin bon, vous voyez ce que je veux dire, non ?
Mais il n’y a pas que les enfants. Jusqu’aux plus puissants de ce monde se sont laissé séduire par la tentation grisante de fuir la réalité, pour revêtir le costume d’un avatar plus vrai – ou en tout cas plus souhaitable – que nature, dans un monde parallèle forcément plus favorable que le rude et cruel « original ».
Dans cet autre monde parallèle qu’il adore modeler à sa patte, son « Assassin’s Greed »[i] à lui, Donald Trump a gagné la dernière élection présidentielle haut la main, Melania l’a épousé par amour et il n’est pas le seul président américain depuis George Bush père à ne pas avoir été réélu !
Nous on a le « Petit Q », mais de l’autre côté de l’Atlantique, tout – vraiment tout – est plus grand…
Quoi, non ? Mais si, puisqu’il vous le dit ! Regardez donc les centaines de fanatiques de QAnon qui se sont agglutinés ces derniers jours à Dallas pour attendre l’apparition de… JFK et son fils John-John (JFK Junior), qui devaient révéler la supercherie de leur « fake mort » (il y a respectivement 58 et 21 ans, quand même ! S’ils reviennent vraiment ils pourront revendiquer le record Guinness de la partie de cache-cache la plus réussie !) et apporter leur soutien à Donald Trump. OK ils ne sont pas venus, mais ce n’est que partie remise, ce qui compte c’est qu’ils étaient des centaines à les attendre, et la prochaine fois, ils seront peut-être des centaines de milliers, et c’est ça la réalité qui compte (pour Trump) !
Dans Inception, de Christopher Nolan (2010), ces mondes alternatifs, parallèles, s’emboîtent comme des poupées gigognes de rêves de rêves de rêves de… jusqu’à se perdre à ne plus savoir distinguer la terre de l’éther. Où est le fake, où est la news ? s’amusent ces joueurs de bonneteau révélés sur le tard.
« Mais je rêve, dans quel merdier suis-je allé me fourrer ? » pensait Leonardo Di Caprio. « Au moins ton pistolet n’est pas chargé à balles réelles », lui souffla Alec Baldwin, selon la rumeur.
Et ces torrents de métavers se faufilent et se tortillent déjà sous nos pieds, dévorant la terre que nous imaginions si ferme, sifflant tels des serpents sous nos têtes, se substituant aux pensées rationnelles et aux souvenirs que nous ne pouvons imaginer autrement qu’authentiques, s’entremêlant progressivement à tout ce qui est censé faire foi et loi en ce monde…
Ce monde… Lequel déjà ?
Vous voyez les gigantesques et monstrueux métavers des sables dans Dune, qui menacent de dévorer Timothée Chalamet tout cru telles des cougars en rut ?
Il a excellent appétit (et très bon goût) et il est loin d’être solitaire, le méta-vers sur écran géant de Dune
Et bien c’est une belle illustration du joyeux bordel qui nous attendrait dans un monde où des métavers GAFAMés se disputeraient les faveurs et le temps de cerveau disponible des foules, avides de fuir un quotidien désespérant sur une planète à l’agonie, pour se réfugier dans un rêve plus féérique que le papier glacé, plus peplumesque que la pellicule Kodachrome, plus narcissique qu’Instagram, TikTok et YouTube réunis.
Le fascinant et terrible Multivers de Métavers !
Les entendez-vous déjà, les aboyeurs de foire, se disputant les parts de voix, s’entredéchirant les parts de marché :
Oyez, oyez, braves damoiseaux, devenez le Roi dans mon META versatile !
Soyez la Reine du Bal, c’est la promesse de notre métavers-tugadin !
The show must go on ! Soyez l’idole des jeunes dans mon Métavers balisé !
Devenez votre propre prophète, qui le métavers sait satanique !
Vous ne trouvez pas de case qui vous convienne ? Nous avons exactement ce qu’il vous faut, avec notre métavers-bicruciste !
Avez-vous vu le logo choisi par feu Facebook / META tout neuf ?
Comme le symbole de l’infini[ii]… tout un symbole ! Ou comme un ruban de Möbius, qui n’a qu’une face, pas de début et pas de fin, pas d’intérieur ou d’extérieur… un monde infini, mais finalement tellement recroquevillé sur lui-même ! Est-ce représentatif de ce que nous promettent les métavers, ou tout du moins de ce que Facebook entend nous proposer comme métavers ?
L’accès illimité au monde que nous a donné le progrès depuis quelques décennies, et qu’internet a extraordinairement accéléré ces dernières années nous promettait une prospérité inouïe ? Malheureusement il s’est mué en une avalanche d’informations dans laquelle nous étouffons et nous noyons au quotidien, traqués jusque dans nos toilettes par les algorithmes en quête de nos précieuses données personnelles qui sont le seul viatique qui nous reste. La Machine, à force d’apprendre, est déjà en train de nous voler l’intelligence pour la rendre, elle aussi, artificielle.
Un monde où la machine travaille pour l’homme, ou alors où l’homme nourrit la machine ? (image extraite du film « Les temps modernes », de Charlie Chaplin – 1936)
Les réseaux sociaux étaient le Graal annoncé d’une ouverture sociale et relationnelle incroyable, nous donnant la possibilité de rencontrer et de rester connecté avec nos âmes sœurs où qu’elles soient dans le monde ? Mais voilà qu’ils sont devenus le premier facteur de nos angoisses existentielles. Comment pourrions-nous échapper aux complexes en étant exposé en permanence aux sirènes d’Instagram qui font ressortir les moindres bourrelets de nos kilos en trop, au bling-bling étalé à la truelle plaquée or, à longueur de posts, par des gamins prépubères qui claquent en une après-midi de shopping la pile de fiches de paie de notre carrière entière ?
Mais cette fois-ci, les métavers, c’est sûr, archi-sûr, méta-sûr, ça va être différent ! Ce sera enfin le paradis qui nous permettra d’oublier nos misères sur Terre.
Ça vous laisse rêveur, META-rêveur ?
Pattes de mouche du Kfard :
[i]« Assassin’s Creed » est un jeu vidéo de l’éditeur Ubisoft, qui développe des univers de type métavers à diverses époques et endroits de la planète au fur et à mesure de ses nouveaux opus. « Greed » signifie « avidité » en anglais, et semble particulièrement adapté pour décrire l’univers du personnage de Trump.
[ii]inventé en 1655 par le mathématicien John Wallis
Kfard riche de tant d’expérience, tu l’as sans doute fredonné à tes enfants ou peut-être même petits enfants. Tout petit Kfard, cette rengaine t’a peut-être bercé, amusé, fait sourire ou même te dandiner.
Kfard riche de tant d’expérience, tu l’as sans doute fredonné à tes enfants ou peut-être même petits enfants. Tout petit Kfard, cette rengaine t’a peut-être bercé, amusé, fait sourire ou même te dandiner.
Mais quoi ça ? De quoi s’agite-t-il ? De quoi est-il question ?
De la comptine du clown, qui se chantonne en rimes et se mime en chanson. Zim, boum – tralala, voilà qui donne le la :
J’ai un gros nez rou-ge,
Deux traits sous les yeux,
Un chapeau qui bou-ge,
Un air mali-cieux !
Deux grandes sava-tes,
Un grand panta-lon,
Et quand ça me grat-te,
Je saute au plafond !
Il ne te met plus d’étoiles dans les yeux, cet histrion au gros nez rouge ? Tu es devenu trop raisonnable, trop intelligent et trop malin, ces gesticulations malicieuses de circassien ne t’évoquent plus rien ?
Ça fait longtemps que tu ne crois plus au Père Noël, pour toi Dieu est mort-vivant ? De clown, tu n’en connais plus qu’un, en cette saison de crises en thèmes : ce Joker qui se croit si sévèrement urné et qui surfe sur la vague de son halo-win ?
Quel flingue ! Quelle classe ! Quel kif ! Psartek ! Par contre il va falloir changer le silencieux, parce qu’il est manifestement nul, vu le boucan alors que je n’ai même pas effleuré la gachette…
Mais sur son air de requiem, sa complainte est-elle si différente ?
J’te plante un gros point rou-ge,
Entre les deux yeux
Le premier qui bou-ge,
M’donne l’air audacieux !
J’réveille le prima-te
Qui sommeille au fond,
Et plus je le grat-te,
Mon score saute au plafond !
Qui a dit que je n’ai pas de programme électoral ? C’est pourtant écrit noir sur jaune
Alors, mes Kfards Dchaînés, à nous de choisir sur quel air nous préférerons nous laisser bercer – ou berner. Allons-nous laisser la main aux piques des valets du Joker et nous tenir à carreau, ou imposer notre jeu en unissant la force du cœur et la chance du trèfle des dames et roisque nous attendons ?
Bonne nuit les petits, écoutez donc mon pipeau, c’est l’heure du marchand de sacs de sable… pom-po-po-pom….
Le Kfard convoque Prévert pour rendre hommage à ce grand homme qui a vécu et appris à vivre avec passion jusqu’au bout, jusqu’à ce funeste 16 octobre 2020…Continuer à faire vivre et grandir son engagement et ses valeurs laïques est le meilleur hommage que nous puissions lui rendre. Il n’y a rien à rajouter, rien à retirer à ce texte publié le 20 avril dernier…
Vous z’aussi vous z’avez ces z’acouphènes ? Ça vous ziffle et vous bourdonne dans les z’oreilles comme un bruit de fond permanent ? Nous avons beau zapper sur tous les canaux, pas z’un écran, pas z’un Ipod où il ne z’insinue , et qui ne grézille de son nom, de sa dernière saillie ou de celles de son essaim de zélateurs.
Zzzzzzzz ! Zzzzzzzz !
Vous z’aussi vous z’avez ces z’acouphènes ? Ça vous ziffle et vous bourdonne dans les z’oreilles comme un bruit de fond permanent ? Nous avons beau zapper sur tous les canaux, pas z’un écran, pas z’un Ipod où il ne z’insinue , et qui ne grézille de son nom, de sa dernière saillie ou de celles de son essaim de zélateurs.
Y’a «qu’lui, qu’lui !», zinzinulent[i] tous ces zoziaux qui le portent au zénith, sur CNewz et conzorts.
Bienvenue dans notre ZAD, les p’tits Kfards ! Bienvenue dans une zone préservée et ouverte sur le vaste monde où – pour les quelques minutes de lecture à venir – vous n’entendrez pas une seule fois son nom. Foi de Kfard !
Ami entends-tu le vol noir du bourdon sur nos plaines ?
Zzzzzzzz ! Zzzzzzzzz ! Zzzzzzzz !
Ami, entends-tu ses zombies zélés sur toutes les chaînes ?
Zzzzzzzz ! Zzzzzzzzz ! Zzzzzzzz !
Osez, partisans, à vos claviers, vos écrans sonner l’alarme !
Sinon à la haine nous n’aurons à opposer que nos larmes.
Sa rhétorique de Gargamel ronronnait depuis des années dans le microcosme de la haine, où il faisait son zob, soufflant en zéphyr pour attiser les angoisses des piliers de zinc sirotant leur verre de zinfandel ou leur chope de zython[ii], ou des rombières en cape de zibeline apprêtant leurs plateaux de zakouskis. Il saupoudre à l’occasion un zeste de zizanie, dézinguant tous ces sains gens, ces z’autres qu’il trouve zarbis simplement parce qu’ils ne portent pas un prénom d’apôtre « bien de chez nous ». Qu’ils soient zoulous, zingaros, zouaves, zapatistes, zanzibaris, zélotes ou ziguinchorois, il oublie seulement que leur lointain aïeul commun est probablement un zinjanthrope[iii].
Faire du neuf avec du vieux ? C’est shtroumpfement bluffant, non ?
Alors bien sûr, d’autres avant lui avaient déjà poussé le bouchon de l’indécence jusqu’au X de Xénophobie. Mais voilà que – surgissant au milieu du zoo de tous ces alphas – il fait, lui, carrément péter le bouchon de son zibulateur[iv] jusqu’à l’oméga.
Il ose tout – c’est d’ailleurs à ça qu’on le reconnaît – franchissant allègrement le Rubicon du Y pour rêver d’accrocher son Zircon à la constellation de son fiel nocturne. Dans ce Grand Remplacement là, il se verrait bien en héros cacochyme, Eric.
Un candidat, qui surgit hors de la nuiiiiiiiiiiit Court vers l’élection au gaaaaaaalop Son nom, il le signe à la pointe de son ego, D’un Zeste qui veut dire Zéro
Dessin de B. Marty chiné et déniché par 6rano, adapté par le Kfard Dchaîné
Zzzzzzzz ! Zzzzzzzz !
Ceux qui tentent de l’ignorer en restant zen, ou muets, servent en réalité son courant d’air creux qui s’amplifie en alizé puis en bourrasque. Ceux qui osent se dresser sur son chemin servent eux aussi de caisse de résonance à son bourdonnement devenu obsédant.
Zzzzzzzz ! Zzzzzzzz !
Mais qu’a-t-il donc accompli, ce Zorba – ou subi, ce Sisyphe – pour mériter pareil écho ?
Pas grand-chose pourtant. Bouche du coche, ce zébulon aiguillonne inlassablement de ses diatribes les chevaux de trait de l’attelage – tantôt la pouliche blonde à droite qu’il accuse de zigonner[v], tantôt le patachon hargneux à gauche qu’il traite de zigomar[vi]. Parce qu’il récolte assez de blé et tend volontiers un doigt accusateur, ce zeugite[vii] à JT se voit au-dessus de sa phalange.
Chiné et déniché par 6rano
Ainsi parlait Zarathoustra : le discours du zigoto – un zigouigoui qu’il se garde bien de qualifier de programme, tant il est squelettique – zigzague entre le joueur de pipeau de Hamelin et l’Assommoir de Zola, et pourrait servir de zérotage[viii]sur l’échelle de l’Elyzée. Mais peu importe que la grosse caisse sonne creux, tant qu’elle attire le zoom des caméras qui zieutent en Saintes Nitouches le jeu de massacre auquel il s’adonne : il cueille les zizyphes trop verts, il zigouille toutes les espèces qui se dressent en travers de son chemin, du zébu jusqu’à la fin, il veut couper les Z (sociales, alimentaires) à tous les Zautres sans exception…
Il enfonce le clou pour ceux qui veulent les traverser – les clous, les frontières ou les zébras. « Zip », c’est simple et expéditif : une fermeture éclair, dès demain.
Comment ça, il n’aime personne ? Vous zwanzez[ix] j’espère ? Il kiffe à donf tout ce que la France a produit de plus noble et de plus beau depuis la nuit des temps, de la Gaule de Vercingétorix à celle d’Antoine, en passant par celle de Pétain. Des zostères[x] bretons aux zinnias[xi] méditerranéens, des zygènes aux zygoptères[xii] de nos ancêtres. Des zygotes d’avant les Wisigoths au zircon du zodiaque qu’il brûle d’incarner.
Il est assurément gonflé d’ambition, ce Zeppelin seul, et nous d’appréhension.
Ce zeugma[xiii] marquera-t-il notre chute ou la sienne ?
L’avenir nous le dira ? Et puis zut, non ! Nous avons le pouvoir de choisir notre avenir !
Chiné et déniché par 6rano – adapté par le Kfard Dchaîné
P.S. – Pari tenu, les Kfards de la ZAD, nous n’avons pas mentionné son nom une seule fois ! Ça fait un bien fou, non ? Allez, zoubis les gadjos et les zoulettes, on remet ça quand vous voulez !
Pattes de mouche du Kfard :
[i]Zinzinuler : pousser son cri, pour la mésange, la fauvette
[ii]zython : boisson ancêtre de la bière dans l’antiquité égyptienne
[iii]Zinjanthrope : Australopithèque découvert en Tanzanie
[iv]Zibulateur : (Afrique centrale) Outil permettant de déboucher une bouteille ; décapsuleur de bouteille ; ouvre-bouteille.
[v]Zigonner : perdre son temps en essayant de faire quelque chose après plusieurs essais infructueux
[vi]Zigomar : homme généralement fantaisiste, au comportement extravagant
[vii]Un zeugite est, dans l’Athènes antique, un membre de la troisième des classes censitaires soloniennes, celle des citoyens disposant de suffisamment d’aisance pour acquérir un attelage de bœufs. Cette richesse correspondait à une production de 200 à 300 médimnes de blé, ce qui leur permettait de s’acheter l’équipement complet de l’hoplite et de servir dans les rangs de la phalange
[viii]Zérotage : détermination du degré zéro sur un thermomètre
[xi]Zinnia : plante proche des marguerites et des cosmos
[xii]Les zygènes sont des lépidoptères. Les zygoptères sont des petites libellules
[xiii]Zeugma (ou zeugme) en rhétorique, désigne une construction qui consiste à ne pas énoncer de nouveau, quand l’esprit peut les rétablir aisément, un mot ou un groupe de mots déjà exprimés dans une proposition immédiatement voisine (ex. « L’air était plein d’encens et les prés de verdure » [Hugo]).
Ah il avait la banane et la baraka, notre chef de toutes les Armées – Terre, Air et Mer – d’alors, Le D-riant bien nommé, quand il a annoncé « le contrat du siècle » en décembre 2016 !
Ah il avait la banane et la baraka, notre chef de toutes les Armées – Terre, Air et Mer – d’alors, Le D-riant bien nommé, quand il a annoncé « le contrat du siècle » en décembre 2016 !
« C’est quoi ce dossier rouge ? » « Oh, rien d’important, juste une petite clause d’annulation de rien du tout, au cas – très improbable, ça n’est jamais arrivé jusque-là – où quelque chose tournerait mal. Mais vous savez comment sont les juristes… »
Depuis le Concorde, la France n’avait plus connu un tel succès commercial pour les créations géniales de ses ingénieurs ! Et encore, même le Concorde faisait figure de nain de jardin à côté de ce méga-giga contrat de la mort qui tue (avec les excuses du Kfard pour cette image fumeuse aux clients de l’Hotelissimo de Gonesse qui se sont fait livrer par erreur un barbecue qu’ils n’avaient même pas commandé le soir du 25 juillet 2000).
Les superlatifs ne suffisaient plus, il a fallu inventer des hyperlatifs pour qualifier cet exploit qui remettait – enfin – la France immarcescible et insubmersible à la place qui lui revenait de droit, au cœur du concert mondial des grandes puissances militaires et industrielles.
Zim-Boum et tralala, sortez les fanfares, les grosses caisses et les clairons, envoyez la Garde Républicaine, la Patrouille de France et les acrobates du cirque Zapata !
Attraction du défilé du 14 juillet 2019, Franky Zapata fait une démonstration du « combattant volant du futur » sur son hoverboard volant baptisé Flyboard. « Vers l’infiniiiiiii… et au-delààààààààà » !
Vendu à 32 milliards d’euros et réévalué depuis à 56 milliards d’euros, les chiffres à eux seuls donnaient le tournis.
Encore un nouveau succès pour les fleurons de notre industrie aéronautique ? Les Airbus, Dassault et Eurocopter qui font voir la ville en rose à tous les Toulousains ? Eux qui parviennent même dans les meilleurs mois des bonnes années à faire basculer dans le vert la balance de notre commerce extérieur, pourtant lourdement plombée par notre soif de gadgets chinois et de berlines allemandes ?
Même pas ! Tout ça pour douze grosses boîtes en fer blanc – certes bourrées d’électronique et d’armements de pointe – dont le principal rôle est de fureter au fond des océans à longueur d’années sans émettre le moindre son. Eh bien vu le boucan qu’elles viennent de provoquer alors que le premier boulon n’a même pas encore atteint le chantier naval, on peut dire que c’est réussi !
Ces 12 merveilles du savoir-fer à la française sont donc des sous-marins de la classe « Barracuda ». A 5100 tonnes le bout, 56 milliards d’euros pour la douzaine, ça ferait donc 915 euros du kilo de Barracuda, même pas évidé ? Eh ben dis-donc, total respect pour le bagout de notre marchand de poisson LeDrianàvosrangsfix.
Ah il a Bonemine, notre bonimenteur de foire sur le marché aux canons !
Et ce succès inédit a depuis donné des ailes à notre industrie « de défense » (comme elle aime se faire appeler à chaque fois qu’on l’attaque), qui a réussi dans la lancée à fourguer ses joujous « made in France » – les Rafale, les chars et véhicules blindés Nexter, les hélicoptères d’Eurocopter, les missiles de MBDA, les frégates de Naval Group et j’en passe – par cageots entiers aux Salons du Bourget, de Farnborough et d’ailleurs (l’équivalent du marché de Rungis pour les grenades, les pruneaux et autres fruits à destination du marché des grosses légumes militaires). Même le gros-porteur A400M… Non, désolé, c’est une blague… quand même pas le A400M, c’était Mission Impossible d’après Tom Cruise himself.
Choisir « Mission Impossible » pour vanter les mérites du gros-porteur A400M sur la scène mondiale, il fallait oser ! Encore une idée de génie de Séguéla (le géniteur du brillant « si a 50 ans t’as pas de Rolex… ») ?
Mais voilà t’y pas que – coup de tonnerre – le ciel nous tombe une nouvelle fois sur la tête !
Le Premier Ministre Australien vient de déclarer qu’il « envisageait de reconsidérer le contrat en réponse à l’évolution rapide de l’environnement stratégique auquel l’Australie est confrontée ». Si je décode ce langage diplomatique, ça donne : « Désolé les Frenchies, mais on m’a fait une offre que je ne peux pas refuser, alors vous savez où vous pouvez vous les carrer, vos suppositoires submersibles ? »
Mais qui sont-ils, ces Australiens qui s’assoient sur des millénaires d’usages commerciaux, des siècles de droit des affaires, des années de négociation acharnée et des mois d’autosatisfaction béate pour déchirer en confettis un contrat en bonne et due forme ? Nous n’avions pourtant pas lésiné sur les moyens pour les remercier de leur choix si judicieux. C’est simple, juste avant la signature du contrat, en novembre 2016, l’équipe de France de rugby a eu le tact de s’incliner devant le pack Australien, cette masse indisciplinée de descendants d’anciens bagnards mal dégrossis, au Stade de France. Et lors des 3 confrontations suivantes, lors de la tournée en Australie en juillet 2021, le XV de France les a poliment laissés gagner les matchs d’ouverture et de clôture (en ne jouant vraiment à fond que le 2e match, qu’on a gagné, évidemment) ! Et ces cul-terreux s’imaginent qu’ils vont nous la faire à l’envers ?
Ah mais ils ne connaissent pas Raoul ! Tiens, on va leur envoyer l’Oncle Sam. Depuis Lafayette, il nous aura renvoyé l’ascenseur et sauvé la mise à chaque embrouille dans la cour de récré. Qu’est-ce qu’il leur a mis comme trempe, aux casques à pointe et puis à Adolf et Benito qui lorgnaient sur notre goûter dans la 1e moitié du siècle dernier ! Et depuis, il nous a généreusement doté de l’argent de poche du plan Marshall pour remplir nos poches de bombecs. Puis, en nous acceptant dans son clan, l’OTAN, il a suffi qu’il bande ses muscles et fronce les sourcils de temps à autre pour tenir toutes les autres têtes brûlées en respect.
S’il était possible que vous non plus, vous ne connaissiez pas Raoul, alors comblez vite cette lacune dans votre culture générale en regardant « Les tontons flingueurs ».
Comment ça ? C’est précisément Tonton Sam qui nous plante un boomerang dans le dos, en faisant copain-copain avec l’Australo-pithèque ? Au passage, il n’hésite pas à piétiner notre « contrat du siècle » et notre orgueil, pour regonfler son propre complexe militaro-industriel. Et ultime humiliation, il peut compter sur la com-duplicité de son toujours perfidèle caniche british, si content de prendre sa revanche sur son ex avec laquelle le divorce est à peine consommé, l’Europe, et de retrouver les reflets d’un lustre antique en retricotant le patchwork d’un Commonwealth bien élimé.
Mais ça ne va pas se passer comme ça ! Ils vont voir ce qu’ils vont voir, les ingrats de cette cabale ! Qu’ils ne voient l’Oncle Sam qu’en gourou explique peut-être pourquoi ce dernier se les est mis si facilement dans la poche, mais n’excuse pas leur faux bond, à ces faux-derches qui marchent sur la tête de l’autre côté de la planète ! Ils croyaient quoi, là, les marsupiaux ?
« A l’envers te la faire, je vais. Que la force soit avec toi… ou pas ! » – Maître Yoda le Koala
Tiens, on va les isoler et les parquer sur une île perdue au milieu de l’Océan… non, tiens, pire encore, entre 2 océans.
Et puis on n’y mettra que des déserts arides de sable et de latérite, et des zones infestées d’alligators, de diables de Tasmanie, de termites et d’autres bestioles plus venimeuses et dangereuses les unes que les autres.
Et puis on jouera avec tous les boutons sur la console climatique pour les rendre fous. Et clic, canicule et incendies géants… et clic, tempête et inondations monstres… et re-clic canicule et incendies géants…
Tiens, on vient de retrouver les traces (ou devrais-je dire les impacts ?) de Raoul, le fameux Tonton Flingueur !
Et puis tiens, pour leur faire les pieds, on va rajouter quelques petits supplices chinois. Le seul instrument de musique qu’on leur laissera sur leur île ? Un triangle ? Non, j’ai une meilleure idée encore, un didgeridoo, tiens ! Même avec un pur chef d’oeuvre comme Carmen, ça m’étonnerait que le charme opéra, fût-ce à Sydney !
Et puis on va installer juste à côté leur pire ennemi, une petite île de rien du tout, mais dont les habitants passeront leur temps à les titiller et les ridiculiser. Et comme c’est un supplice chinois, on les appellera Mao-ris. Le sport préféré des Australiens est le rugby ? Eh bien les Maoris voisins leur mettront systématiquement la pâtée, en se payant leur tête avant chaque match avec un rituel moqueur. Ils revendiquent la paternité de la Pavlova, pâtisserie créée en l’honneur d’une célèbre danseuse étoile russe lors de sa tournée dans l’hémisphère Sud dans les années 1920 ? Eh bien même pour une vantardise aussi futile, leurs hargneux voisins leur disputeront la primeur pied à pied, rien que pour les fâcher tout rouge, na !
Si ça te vexe, t’haka essayer de te plaindre à l’arbitre, petite nature, va !
Ah ils vont comprendre leur douleur lorsque la France montrera de quoi elle est capable quand elle se fâche ! Tiens, il se pourrait bien que leurs bateaux se retrouvent malencontreusement plastiqués par des commandos d’élite indétectables et inarrêtables… Bon, OK, là j’affabule… quoique.
Le 10 juillet 1985, on a enfin compris pourquoi on surnommait les services secrets français (DGSE) « la piscine »
Mais le coq gaulois ne va pas tarder à faire entendre le « Cocorico » strident de la fureur du chapon, et ce jour-là les imprudents s’en mordront les doigts ou s’en picoreront les ergots, même s’ils s’enfoncent la tête sous le sable comme des autruches.
Tiens, vous ne pourrez pas dire que je ne vous avais pas prévenus, la funeste nouvelle vient de tomber sur tous les prompteurs ! On peut dire que nous n’y sommes pas allés avec le dos de la petite cuillère, mais nous avons beau être magnanimes, quand on éprouve les limites de notre patience, on finit par nous faire exploser !
On ne se méfie pas assez, mais le jour où les poulets auront des dents…
La France montre les dents, et vient, dans un déferlement de colère froide, d’annuler – sans aucun préavis ! – un pince-fesses que son Ambassade à Washington s’apprêtait à tenir en l’honneur de la bataille navale de la baie de Chesapeake (que la France a remportée en 1781 contre… les Anglais dans son alliance avec les tous jeunots Etats-Unis d’Amérique qui rêvaient de s’émanciper – quand je vous parlais d’ingratitude…).
Mais ce n’est pas tout ! Dans la même semaine (quelle Blitzkrieg, j’en ai la chair de poule), notre ministre blémi-potentiaire Le Drian (eh oui, encore lui, mais avec une nouvelle casquette !) a rappelé – d’un coup d’un seul – les Ambassadeurs de France aux Etats-Unis et en Australie !
Le dernier qui nous a cherché n’est plus là pour en témoigner…
C’est horrible ! C’est affreux ! Le monde frémit ! L’univers entier tremble des retombées de ce cataclysme, et n’ose imaginer ce que pourraient être les prochaines étapes de cette escalade de la terreur !
… eh oui, maintenant vous le saurez, y’avait qu’à pas nous chercher !
Le Grand Timonier de l’Empire du Milieu est bilieux. Parce qu’être le centre du Monde vous expose forcément de tous côtés, et qu’il y a bien longtemps que la Grande Muraille n’est plus étanche !
Le Grand Timonier de l’Empire du Milieu est bilieux. Parce qu’être le centre du Monde vous expose forcément de tous côtés, et qu’il y a bien longtemps que la Grande Muraille n’est plus étanche !
On le sent crispé, le Xi, manifestement plus inspiré de Mao, avec ses « le pouvoir est au bout du fusil » et « il est plus utile de tuer des moustiques que de faire l’amour » (eh oui, un vrai boute-en-train !), que par Confucius quand il disait “Choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie.” Pas sûr que Xi aime son boulot, et si c’est le cas, il le cache vachement bien derrière son masque figé de Commandeur, qui laisse la Cité interdite !
Xi salue ses fans après son dernier stand-up qui a mis son public en transes
Pour assoir sa Xi-ctature démocratique du Peuple sous-vérin, il n’a pourtant pas ménagé sa peine, ni celle des nombreuses victimes qu’il a étouffées sous son zèle. Mais qu’est-ce que des milliers, voire des dizaines de millions de « dommages collatéraux », quand on a la charge de rendre à la Chine le leadership mondial qui lui a été confisqué voici plusieurs siècles ? On ne va pas se laisser impressionner par 2 ou 3 Pékins tout de même ? Si Pékin est certes au 8e rang des plus grandes villes du monde, elle ne représente tout de même que 1,5% de la population du pays !
Ah il a la main lourde, le Xi-ropracteur, quand il propose généreusement – mais cependant avec insistance – un « massage énergique » pour réaligner les vertèbres dissidentes de ces impatients de pas sages, qu’ils soient de Hong-Kong, de Macao ou d’ailleurs, sur la ligne du Parti. Vous pensiez être planqués à l’abri sur les sommets du Tibet ? Tintin ! Au fin fond du Xinjiang ? Vous vous Ouïgourez grave ! Au large, sur l’Ile de Taïwan ? Vous qui avez misé sur le statu Kuomintang, finirez, vous aussi, enfermés dans un bocal de Formose au fond d’un placard de la mère patrie.
Ses prédécesseurs, depuis Deng Xiaoping en 1976, avaient déjà mis le pays sur les rails d’une croissance exponentielle, lançant tôt le train fou d’une industrialisation à marche forcée, qui dévore et essore des foules de paysans, attirés par le mirage d’une vie meilleure dans des mégalopoles et des mégalo-usines poussant comme des champignons.
La Grande Galerie de la Révolution du Muséum International d’Histoire Surnaturelle
Encore deuxième économie du monde, la Chine a cependant déjà dépassé les Etats-Unis par son PIB en parité de pouvoir d’achat depuis 2014, l’année suivant l’accession de Xi au pouvoir suprême. Et le monde a regardé grandir celui qu’il prenait encore pour un Nain jaune, le voyant devenir l’atelier manufacturier du Monde, inondant la planète de ses montagnes de containers de productions « made in PRC ». Quelle endurance et quelle générosité, ces foules prolétaires innombrables qui acceptent spontanément – sous l’œil bienveillant d’Oncle Xi – de trimer 7 jours sur 7 pour des salaires de misère dans des conditions inhumaines, pour nous permettre de nous offrir l’écran plat, le grille-pain ou le dernier téléphone à la mode toujours moins cher.
Et puis, soyons honnêtes, quelle naïveté aussi, nous disions-nous, plus cyniques que sinophiles. Tout en trimant sang et eau pour satisfaire notre boulimie consumériste, ces lutins du père Noël étaient aussi en train de goûter – et de prendre goût, comment en serait-il autrement ? – aux distractions, aux addictions, et à l’accumulation capitaliste. Cet opium avait déjà fait fondre le bloc de glace soviétique, il allait inexorablement hypnotiser cette nouvelle foule communiste et sentimentale, qui serait attirée elle aussi par les étoiles, le gasoil et tant d’offres commerciales.
« Dès que Manu aura le dos tourné, vous me badigeonnerez le Palais de l’Elysée en Rouge, ni vu ni connu »
Et les multinationales aux aguets de saliver déjà, serviette autour du cou, sur l’immensité du gâteau à se partager.
Mais Xi a omis d’être bête, lui aussi « il a tout compris », bien avant Free.
A force de confier progressivement à la Chine la fabrication du moindre produit pour en réduire inexorablement le coût de production, nous nous réveillons soudain avec la gueule de bois, totalement dépendants, « pieds et poings liés » pour un nombre impressionnant de fournitures stratégiques. Un seul exemple, l’amoxicilline, médicament le plus prescrit aux patients dans les hôpitaux en France, n’est produit qu’en Chine (90% de tous les antibiotiques au monde ne sont fabriqués qu’en Chine et en Inde). Mais la situation est similaire dans des pans entiers de l’économie, comme nous en avons eu un tout petit aperçu à l’occasion des multiples « crises d’approvisionnement » au début de la pandémie de Covid-19.
Face à la très courte vue des géants de Wall Street soumis à la dictature des résultats trimestriels, et même du gouvernement américain pendu à la pendule des élections tous les 4 ans, le Dragon joue lui sur une partition du temps long. Indéboulonnable depuis près de 10 ans, Xi va puiser son inspiration dans la sagesse multi-millénaire d’un contemporain de Confucius, Sun Zi, et son « Art de la Guerre ».
« Une armée sans agents secrets est exactement comme un homme sans yeux et sans oreilles » disait déjà Sun Zi il y a 2500 ans. Capitalisant sur le savoir-faire développé de longue date dans l’espionnage militaire et industriel, la Chine de Xi Jinping a développé une armée de hackers soupçonnés d’être derrière les cyber-attaques les plus massives des dernières années (talonnés par leurs voisins et souvent alliés de circonstance, les Russes).
« L’art de la guerre, c’est de soumettre l’ennemi sans combat » professait Sun Zi. A l’aube du 21e siècle, 2 anciens colonels de l’Armée chinoise font écho à ce principe dans leur livre, « la Guerre hors limites », qui explique comment vaincre un adversaire technologiquement supérieur (en l’occurrence, les États-Unis) en s’appuyant sur « divers moyens » autres que la confrontation militaire directe.
Et Xi est passé maître dans l’art d’inventer et de déployer ces « divers moyens » tous azimuts.
« Et je lève mon verre… plein de rouge quand même… what did you expect ? »
Zedong avait maolicieusement insinué qu’« il n’y a pas de routes droites dans le monde ». Xi s’emploie à dérouler ses sino-euses « nouvelles routes de la Soie ». Elles serpentent et étendent progressivement leurs tentacules tout autour de la planète, pour enserrer les territoires dans leur emprise, en capter toutes les ressources, et les ramener… vers soi.
Que d’efforts déployés pour « venir en aide » à toutes les veuves et les orphelins de la planète – qui tombent aussitôt dans sa zone d’influence : la Grèce à qui des joyaux, dont le port du Pirée, sont rachetés alors que le pays est menacé du pire, le continent africain quadrillé par ses conglomérats miniers ou de BTP, ou plus récemment, les « pauvres » talibans d’Afghanistan mis au ban de la communauté internationale, à qui la Chine a offert de prêter l’oreille (en oubliant de mentionner le taux d’intérêt).
Pour saper l’ennemi sans l’affronter de face, ce redoutable joueur de go redouble d’imagination : lâcher sur la scène internationale une meute de jeunes « loups combattants » qui rendent vraiment les balles de Monsieur l’Ambassadeur inoubliables. Ou revendiquer le moindre caillou qui dépasse de l’eau en Mer de Chine (son nom laisse pourtant peu de doutes sur l’identité du propriétaire, non ?) pour y planter un drapeau et une patrouille de plantons. Ou mettre des bâtons dans les roues au Conseil de Sécurité de l’ONU à la moindre occasion avec l’autre larron, la Russie.
Le dialogue classique des amoureux transis : « C’est toi qui me lâche d’abord.. non toi… toi je te dis… non toi… »
Ecartée de la Station Spatiale Internationale, la Chine de Xi a patiemment développé et mis sur orbite son propre « Palais Céleste », et nargue ses arrogants petits camarades en envoyant sur la Lune des sondes baptisées « Lapins de Jade » – loin d’être crétins – damant le pion au grand rival américain en étant les premiers à se poser sur la face cachée, ou à ramener des échantillons de roche lunaire sur la Terre.
Mais pourquoi donc chaque Taïkonaute part-il dans l’espace avec sa machine à coudre ? Ils ont peur de s’ennuyer quand ils voient Thomas Pesquet passer son temps sur les réseaux sociaux ?
Mais le Xi-tanic ne commencerait-il pas à prendre l’eau ?
Les Cassandres entendent déjà sonner le gong du K.O. en voyant vaciller Evergrande, le 2e plus gros promoteur immobilier chinois – qui emploie 200.000 personnes et revendique 3,6 millions d’emplois indirects dans le pays – qui croule sous une dette accumulée de 260 Milliards d’€ pour financer un feu d’artifice de diversifications hasardeuses dans des secteurs aussi avariés que les parcs d’attraction ou la banque. Est-ce la première fissure qui va entraîner l’effondrement de la gigantesque bulle du marché immobilier chinois ?
Un ballet ininterrompu de grues barre la skyline des mégalopoles chinoises en surchauffe
En 1973, Alain Peyrefitte s’inquiétait de voir « la Chine se réveiller » quand le soleil se lèverait sur l’Extrême-Orient. Les évolutions brutales et massives qu’a depuis connu le pays avec l’exode rural, la politique de l’enfant unique et les chocs sociétaux ont tellement accéléré les évolutions que nous craignons désormais d’en vivre – déjà – le crépuscule. En effet, la natalité s’effondre rapidement et la pyramide des âges du pays est en train de se retourner comme une chaussette, au point d’envisager que sa population commence à baisser dès 2027, et qu’elle se fasse dépasser alors par l’Inde ! Quand l’atelier du Monde commencera à se vider de ses bras et que le plus grand marché mondial commencera à tomber comme un soufflé, pendant que les hospices se rempliront de vieux vaseux chinois, il aura fière allure sur son radeau à la dérive, le Grand Timonier ! Il aura plus de mal à grimer un pangolin en caribou pour essayer de nous convaincre que le virus de la Covid-19 n’est pas chinois, mais américain.
Quelqu’un peut m’expliquer pourquoi dans un théâtre chinois les gradins tournent le dos à la scène ? C’est à cause des ombres chinoises ?
Mais ne sous-estimons pas notre Ma-Xi-avel, qui connait son Sun Zi par cœur : « Il faut feindre la faiblesse, afin que l’ennemi se perde dans l’arrogance » et « Attaque ton ennemi quand il n’est pas préparé. Apparais quand tu n’es pas attendu ».
Et le fait est qu’on ne s’attendait pas à la frénésie récente de risettes de ce pince-sans-rire :
Jack Ma et quelques autres grands patrons ou personnalités publiques se sentent pousser des ailes de géants arrogants, à vanter Alibaba, Tencent, Ant Group et les 38 autres voleurs ?
« Je ne crains personne, j’ai tout planqué là-haut »
RESET. Les voilà qui disparaissent plusieurs jours ou semaines « dans la matrice », et reviennent « reformatés », courbant l’échine et ânonnant le discours officiel du Parti.
Les jeunes mineurs chinois aux corps ronds s’adonnent jour et nuit aux jeux vidéo, nouvel opium du peuple qui menace leur avenir de mineurs au charbon dans les corons ?
RESET. Xi vient tout de go d’annoncer la fin de la récré avec la limitation à 3 heures par semaine et 1 heure par jour maximum du temps de jeu des mineurs (on signe où pour y inscrire ses enfants ?). Et pour occuper leur « temps de cerveau disponible » soudain libéré (il a décidément pensé à tout !), il a généreusement offert d’introduire dans le programme obligatoire de toutes les écoles de Chine, dès 6 ans (accrochez-vous) : « la pensée Xi Jinping sur le socialisme aux caractéristiques chinoises pour une nouvelle ère (sic)» !
Quand le doigt montre la Lune… rappelez-moi ce que fait l’imbécile ?
Il s’affiche aujourd’hui comme le Maître des Cartes, le Xi-romancien. Alors il écrit sa propre histoire, ou du moins il la dicte à des plumes serviles, des ombres chinoises, et n’hésite pas à substituer sa pensée unique au kilo aux idéogrammes.
Mais prend garde, Oncle Jinping, quand la Chine s’éveillera…