Qu’il est loin mon pays, qu’il est loin !
Débordant sur les quais, elle anime
Chaque pile du Pont Neuf de sa furie
Cette Garonne qui t’irrigue, te sublime
Elle noie même ton Pastis, Ô Toulouse !


Je marche dans tes pas, Nougaro
Je m’envole avec les pionniers, loin
Ici, on est au pays de Cocagne[i]
Ici, on voit les Pyrénées, la montagne
Ô mon paîs, ô Toulouse

Des sacrés durs à cuire, qui se tamponnent sévère
balancent chandelles & drop, drop pour envoyer en l’air
Un ovale de cuir, servi avec les poings
Bouchons et caramels[ii], beaux dégâts, allez Stade Toulousain !

Des taureaux à occire, Matabiau, les Arènes[iii]
Gardent les stigmates, « matamos »[iv], de ces rites obscènes
Même ta vierge Noire, boxe, boxe, battle dress[v] iconique !
Sont-ce ces coups de sang qui rougissent tes briques ?

Ah, tu verras, tu verras
Les couleurs au fronton d’la Dalbade[vi], tu verras
L’histoire c’est fait pour ça, tu verras, Assezat[vii]
J’irai plus chez Tonton[viii]
J’saurais l’plan du métro sur le bout de mes doigts
Vers Balma, tu verras
Jeanne d’Arc à Jean Jaurès en 2 minutes chrono
Il sert de carrefour
Aux Abbés[ix], quel culot !
De Saint Georges[x] au Dragon écumant alentours
Roulant des mécaniques[xi], tu verras, tu verras,
Le canal du Midi, son miroir d’autrefois
Reflets de rues, de briques, de tuiles et de toits
Qui rosissent à la ronde !

Voici le Capitole, je m’pose au Florida[xii]
Les petites filles modèles[xiii] font mousser leur binouze
Rajoutant leur grain d’sel, dosé a bisto de nas[xiv]

Aujourd’hui tes avions grimpent plus haut
Au Zénith, c’est Oli et Big Flo !
Qui monte la Garde[xvii] sur cette ville
Avant que Terre-Cabade[xviii] soit mon domicile ?

Ô mon (nouveau) paîs,
Ô Toulouse,
Ô Ô Toulouse

Pour donner vie à ses impressions pour ce « Premier Contact » avec cette nouvelle Vi(ll)e, le Kfard Dchaîné s’est librement inspiré de trois des plus belles chansons de Claude Nougaro : Ô Toulouse, incontournable, pour les 2 premières et 2 dernières strophes, mais aussi les magnifiques Quatre Boules de Cuir et Tu verras, tu verras
L’illustration, inspirée de « La Liberté guidant le peuple » de Delacroix, réunit des personnalités marquantes de l’histoire de Toulouse : c’est Angèle de la Barthe, une Toulousaine qui aurait été la première femme victime de la « chasse aux sorcières » qui a embrasé une bonne partie de l’Europe au XIIIe siècle, qui brandit l’étendard.
Elle est accompagnée entre autres par (de gauche à droite) :
- Carlos Gardel, le pape du tango
- Saint Thomas d’Aquin, religieux italien de l’ordre dominicain, considéré comme l’un des principaux maîtres de la philosophie scolastique et de la théologie catholique
- Le Petit Prince, clin d’oeil à son créateur, Antoine de Saint Exupéry, et à travers lui, à tous les aviateurs et mécaniciens aventuriers, ces pionniers qui ont « inventé » l’Aéropostale
- Pierre de Fermat, célèbre mathématicien, mais qui fut aussi poète, latiniste et helléniste, et s’est intéressé (sur son temps libre 😉) aux sciences et en particulier à la physique (on lui doit notamment le principe de Fermat en optique).
- Clémence Isaure, un personnage médiéval semi-légendaire, à qui on attribue la fondation des Jeux Floraux, plus ancienne société littéraire d’Europe.
- Big Flo et Oli, qui ont revêtu pour l’occasion les couleurs du Stade Toulousain et la tenue de rugbyman !
Pattes de mouche du Kfard :
(*) (Occitan) : On connaît la chanson !
[i] Les boules de « cocagne » étaient une étape de la transformation du pastel en teinture bleu pastel. Le pastel était produit dans un triangle Albi-Carcassonne-Toulouse, et a fait la prospérité de cette région entre les XVe et XVII siècles, donnant naissance à l’expression « Pays de Cocagne ». Donc en résumé, la cocagne, c’était la beuh de l’époque.
[ii] C’est juste un petit échantillon d’un florilège d’expressions pour parler d’un placage sévère, qui reste le principal intérêt du jeu. Vous avez aussi « la cartouche », « le tampon », « coller un timbre ». Eh oui, le rugbyman, qui souffre d’une image de brute fruste et hargneuse, sait se faire poète à ses heures !
[iii] Matabiau, la principale gare de la ville, tient son nom de l’Occitan Matarbuau (« tuer des bœufs »), qui fait référence à un abattoir qui s’élevait dans ce quartier. Les Arènes, le nom d’un quartier et d’une station de métro, fait référence aux « arènes du Soleil d’Or », dans lesquelles ont eu lieu des corridas et autres spectacles de tauromachie entre 1953 et 1976.
[iv] Matamos (Espagnol) : « nous (les) avons tué(s) »
[v] La célèbre Vierge Noire de la Basilique de la Daurade s’est fait offrir une « battle dress » en imprimé de camouflage kaki par le couturier Jean-Charles de Castelbajac, en l’honneur des soldats de la Paix dont la vierge est la protectrice. Cette « battle dress » peut être admirée actuellement dans la très belle exposition « L’imagination au pouvoir » consacrée au couturier qui se tient aux Abattoirs.
[vi] L’Eglise Notre-Dame de la Dalbade offre un tympan flamboyant de type renaissance italienne qui surprend sur une austère façade aux allures de forteresse médiévale. Réalisé par Gaston Virebent en 1874, il représente une copie du Couronnement de la Vierge de Fra Angelico.
[vii] L’Hôtel d’Assezat est un hôtel particulier de la Renaissance, qui a été légué à la Ville de Toulouse par son dernier propriétaire, Théodore Ozenne, et sert à la fois d’écrin à la Fondation Bemberg et de siège à plusieurs sociétés savantes, dont la plus ancienne société littéraire d’Europe, l’Académie des Jeux Floraux.
[viii] Chez Tonton Pastis Ô Maître est un fameux bar de la place Saint-Pierre, spécialisé dans le… (devinez), qu’il sert au mètre (qui, comme chacun sait, fait 17 verres).
[ix] La station de Métro Jean-Jaurès est celle qui sert de correspondance entre les deux lignes A et B (« Abbés » 😉) du métro de Toulouse
[x] La place Saint-Georges est une de ces « pépites » qui donne envie de se poser sur une de ses terrasses si conviviales pour profiter du cadre pittoresque et de l’ambiance conviviale au cœur du centre historique et commerçant.
[xi] La Piste des Géants, qui s’élève sur l’ancien site de Montaudran, où se trouvaient les usines Latécoère et l’aérodrome d’où partaient les lignes de l’Aéropostale, sert d’écrin à la fameuse Halle de la Machine et ses mythiques et poétiques créations mécaniques animées : le Minotaure, le Dragon-cheval, les Araignées géantes,…
[xii] Le Florida est une des brasseries les plus pittoresques de la Place du Capitole, avec un décor de fresques baroques
[xiii] Camille et Madeleine de Malaret, qui ont servi d’inspiration à la Comtesse de Ségur pour ses petites filles modèles, étaient Toulousaines
[xiv] A bisto de nas : (Occitan) « à vue de nez »
[xv] La rue du Taur court presque tout droit depuis la place du Capitole jusqu’à la place de la Basilique Saint-Cernin, à la magnifique architecture mêlant harmonieusement brique et pierre.
[xvi] Saint-Sernin (voir ci-dessus) : mais pourquoi donc jalousent-elles Saint-Sernin ? Peut-être à cause de ses riches et précieux trésors exposés dans le cœur et la crypte. Ou alors pour son orgue monumental (54 jeux, 3 claviers !), un des chefs d’œuvre du facteur d’orgue Cavaillé-Coll, inauguré en 1889, dont la musique couvrirait sans difficulté leurs discussions les plus animées.
[xvii] L’Hôpital de la Garde dresse son majestueux dôme sur les rives de la Garonne.
[xviii] Le cimetière de Terre-Cabade est une nécropole monumentale dans plusieurs sens du terme (à supposer que le terme aie un sens ☹) : il s’étend sur plus de 30 hectares, avec les extensions successives à des nouveaux « quartiers » baptisés Salonique et Heredia. Et il accueille des sépultures littéralement monumentales, témoins d’historiques concours épiques à ceusses qui seraient « les plus riches du cimetière ».
