Ici et maintenant

Ton regard malicieux
Ouvre un univers constellé d’étoiles !
Les astres y crépitent,
des galaxies tournoient,
disparaissent dans l’infini derrière tes paupières,

Sur quel monde tes yeux s’ouvrent-ils ?

Ton regard malicieux

Ouvre un univers constellé d’étoiles !

Les astres y crépitent,

des galaxies tournoient,

disparaissent dans l’infini derrière tes paupières,

des points d’exclamation rythment tes babillements,

des points d’interrogation froncent tes sourcils naissants.

Sur quel monde tes yeux s’ouvrent-ils ?

Aurai-je le courage d’avoir honte des scories que nous laisserons à ta génération ?

Quelle gueule de bois !

Nous nous sommes endormis il y a quelques années dans l’angoisse d’une bombe démographique,

d’un tsunami de bébés qui allait submerger notre pauvre planète à l’agonie,

siphonnée jusqu’à la moelle par notre délire de consommation,

poussée à son dernier soupir par notre orgie de gadgets dernier cri.

Ce ne sont pas eux qui vont é-COP-er quand la barque commencera à tanguer…

Nous avons fait couler des torrents d’encre sur des forêts de vaines ré-pétitions,

               pour sauver les baleines,

les éléphants,

les koalas et les abeilles,

et même, comble de l’orgueil, la planète elle-même…

Et dans tes yeux malicieux,

 je la vois sourire, notre planète bleue, à la fois attendrie et triste,

comme à une pleine Lune qui, les joues gonflées de vanité, se serait crue Soleil.

Elle sourit, cette minuscule bille bleue qui nous sert de refuge, et qui tourne depuis la nuit des temps dans un vide infini sombre et gelé.

Elle sourit, cette Pachamama[i] patiente et résiliente, qui encaisse sans broncher les coups du sort les plus fâcheux depuis sa naissance il y a 4,6 milliards d’années :

  • Un bombardement incessant de météorites qui crible sa surface, striant parfois le ciel nocturne de magnifiques étoiles filantes. Mais leurs impacts pouvaient aussi provoquer de véritables crises existentielles. Par exemple lorsqu’elle fut emboutie par Théia (une proto-planète à peine plus petite qu’elle), et sous le choc de leur rencontre, enfanta dans la douleur de la Lune il y a 4,5 milliards d’années. Ou lorsque le précédent gros boulet qui avait voulu s’approprier le golf (pardon, le Golfe) du Mexique, il y a 66 millions d’années, s’est écrasé comme une m… à Chixculub, effaçant au passage de sa surface ceux qui avaient à ce moment-là l’arrogance de croire y régner en maîtres : les dinosaures.
  • Une irradiation permanente au vent solaire qui peut lâcher des bouffées aussi abrasives que le souffle d’une explosion atomique, dont elle se tire (et nous tire) avec seulement quelques élégantes draperies étincelantes d’aurores – boréales ou australes.
  • Les reflux magmateux de ses brûlures d’estomac qui percent régulièrement sa surface ou les jointures de ses plaques tectoniques de purulentes, fumeuses et destructrices éruptions volcaniques et baveuses coulures de lave.

Et voilà que ce gobelin d’Homo Sapiens qui se croit tout permis parce qu’il n’a pas encore l’âge – après seulement 7000 générations – d’être corrigé comme il le mériterait, s’ingénie à tester ses limites.

Comme un vulgaire avare insatiable, il accumule sans limite tout ce qu’il peut, et tout ce qu’il ne peut pas accumuler, il le piétine sans ménagement.

Et le voilà qui commence à pleurnicher parce qu’il n’est pas encore rassasié, parce qu’il en veut encore, encore plus, toujours plus, et qu’il ne comprend pas que sa Pachamama ne cède pas à sa dernière exigence, comme elle a fini par le faire à toutes les précédentes.

Elle ne lui tenait pas rigueur d’avoir éliminé un par un tous les colosses qui dominaient la chaîne alimentaire mondiale, des mammouths aux tigres à dent de sabre, pour finir par faire du steak haché et du sushi les symboles de son hégémonie. Il avait beau avoir directement provoqué la 6e phase d’extinction massive des espèces, elle ne bronchait pas.

Elle fronçait à peine le sourcil à chaque nouveau génocide marquant la dérive fratricide de ces créatures qui s’abandonnaient à leur côté obscur, et qui s’acharnèrent à tenter d’effacer méthodiquement de sa carte les Amérindiens, les Arméniens, les Juifs, maintenant les Palestiniens – ou à les réduire en d’inhumains esclavages (eh oui, en matière de massacres et d’horreur, l’histoire, hélas, bégaie).

Sa colère montait si lentement ! Elle ne s’était empourprée que d’1,5 degrés depuis 1850, alors que les ingrats avaient sur la période transformé la merveille qu’elle avait mis des millions d’années à leur peaufiner en capharnaüm déliquescent.

Ils avaient foré et massacré à tue et à dia pour faire vrombir les moteurs de leurs pétrolettes, avions charters, jets privés ou yachts, remplir leur panse de frappuccino caramel ribbon crunch chez Starbucks ou saturer des milliers de datacenters aux capacités de stockage démesurées avec des selfies et des photos et des vidéos de… chats.

Ils continuaient à accumuler des montagnes de déchets jusqu’au plus profond des océans, au point d’en faire un 7e continent[ii]. La planète dépotoir de Wall-E[iii] est-elle seulement une caricature de ce qui nous attend ?

Pas de panique, les multi-milliardaires s’occupent de la survie de l’humanité… on est sauvés… !

« Là où Attila a passé, l’herbe ne repousse plus ! » Cet adage attribué au chef des Huns, cette tribu barbare turco-mongole qui mit une bonne partie de l’Europe à feu et à sang au 5e siècle, ne serait-il pas en train de devenir le slogan de l’humanité tout entière ?

Dans quelques rares moments de lucidité, l’Homme se demande parfois – mais jamais très longtemps, ça a une fâcheuse tendance à l’angoisser – s’il n’est pas en train de faire glisser toute la planète dans l’abîme de l’autodestruction…

Mais voilà que l’arrogant se prend pour Dieu avec sa dernière lubie, l’ « Intelligence Artificielle[iv] ». Et puisque notre planète 5 étoiles pourrait finir par devenir invivable – qu’à cela ne tienne : il n’aurait qu’à abandonner la Terre – qu’il aura laissée agonisante – pour aller planter sa tente dans un camping un peu plus loin – Mars – pour pouvoir continuer à tout dilapider en toute insouciance.

« Notre » Terre continuera-t-elle longtemps à se laisser bafouer ainsi, inpunément ?

… En quelques années la courbe démographique galopante, exponentielle – qui nous faisait craindre de bientôt manquer d’assez de surface pour poser tous ces pieds trépignants et nourrir toutes ces bouches avides supplémentaires – s’est retournée comme une chaussette. Et nous nous rappelons soudain que notre présence sur Terre, comme celle de la Terre elle-même dans l’Univers, n’est qu’une toute petite parenthèse dans un tout qui, selon la loi de l’entropie universelle, va vers une décrépitude inéluctable.

En un claquement de doigt, la Pachamama nous laisse, vilains garnements, face aux conséquences directes et brutales de nos propres excès : nous seuls déciderons de la vitesse et de la violence des supplices (auto-infligés !) qui nous éradiqueront de la surface du Globe, en quelques dizaines, quelques centaines ou quelques milliers d’années.

Dans 2 à 3 milliards d’années, quand notre Soleil aura brûlé tout son hydrogène et aura enflé en étoile Géante Rouge, en avalant les orbites de Mercure et même de Vénus, et fera de la Terre une crème brûlée dans une phase de réchauffement climatique extrême à laquelle nous ne pourrons vraiment rien cette fois-ci, la Pachamama s’endormira avec le sentiment certes du devoir accompli, mais d’un immense gâchis.

Mais d’ici là elle sera toujours sur la scène, elle, bien après l’anthropocène[v], et continuera à danser autour du Soleil,

marée après marée,

jour après jour,

saison après saison,

année après année,

cataclysme après cataclysme.

Et la Vie continuera à prospérer à sa surface – bien après nous – avec d’autres espèces qui évolueront, et dont certaines, qui seront sur le devant de la scène dans 60 millions d’années, se réjouiront de découvrir des gisements d’une toute nouvelle source d’énergie, du pétrole ! Du pétrole formé par les dépouilles accumulées de tous nos peuples et nos troupeaux, et auront peut-être, elles, l’intelligence d’apprendre à faire du partage et de la sobriété leurs valeurs dominantes.

Alors je regarde à nouveau ton sourire malicieux,

et je m’y plonge tout entier,

car dans ton visage,

je vois toute la beauté et l’amour que déploie notre Planète        

je sens la douceur de ta joue, la force et la résilience de la Vie qu’elle chérit

j’entends les bruissements des branches,

le ressac sur le rivage,

le gazouillis de volées d’oiseaux,

le babillement de 7000 générations de bébés

Ton regard plonge dans le mien, vient y puiser profondément tous les rêves des générations passées et à venir,

Tes bras et tes paupières cèdent et tombent, doucement, inexorablement.

Mon cœur bat au rythme de ton souffle,

Mon âme vibre au rythme des émotions qui affleurent sur ton visage, serein,

Dans une communion qui dure depuis toujours,

                              Et ne s’arrêtera jamais

                                             Ici et (ta) main tenant


Pattes de mouche du Kfard :

La tête dans les étoiles

Pour bien débuter la nouvelle année, mes petits Kfards Dchaînés, le Grand Kfard Naüm vous propose de dépoussiérer vos neurones avec une grille de mots croisés tournée vers l’univers profond. Histoire de nous rappeler que nous sommes « Poussières d’étoiles », comme l’observait poétiquement Hubert Reeves, un des vulgarisateurs qui m’a ouvert à la passion du ciel. A vos crayons, le nez au vent (glacial) et la tête dans les étoiles…

Pour bien débuter la nouvelle année, mes petits Kfards Dchaînés, le Grand Kfard Naüm vous propose de dépoussiérer vos neurones avec une grille de mots croisés qui va chercher son inspiration dans l’univers profond. Histoire de nous rappeler que nous sommes « Poussières d’étoiles », comme l’observait poétiquement Hubert Reeves, un des vulgarisateurs qui m’a ouvert à la passion du ciel. A vos crayons, le nez au vent (glacial actuellement) et la tête dans les étoiles…

Et n’oubliez pas de partager vos grilles complétées, vos demandes de précision ou vos réclamations !

Latitude :

  1. Ces instruments donnent un moyen graphique d’étudier l’accélération d’un mouvement, que ce soit un projectile ou un astre
  2. Ce type d’éruption peut donner des boutons à la planète entière, et des couleurs magnifiques aux ciels polaires. Comme Vincent, il aborde de façon un peu cavalière.
  3.  Aussi occis. Minérales, métalliques, gazeuses, liquides ou organiques, elles nous entourent et nous composent.
  4. Regroupement des écoles de plusieurs communes pour mutualiser les moyens en se partageant les niveaux d’enseignement. Je ne suis peut-être qu’un satellite de Saturne, mais je suis plus grand que la planète Mercure ! Bravent leurs peurs, par exemple pour aller plus loin que leurs aînés, ou parfois juste pour les faire enrager.
  5. Il a mis en évidence un « cloud » lointain mais bien réel, qui sert de pouponnière aux comètes, et lui a donné son nom. Le fuseau qui est de rigueur à Londres, en été (du 30 juillet au 1e août, donc 😉). Là-bas, c’est aussi comme ça qu’on appelle ChatGPT (mais toute l’année, du coup).
  6. Lui aussi, comme les météorites, est composé d’un amalgame de métaux ou de céramique, mais la probabilité que vous vous le preniez dans les dents est bien plus élevée ! Si vous bondissez dès qu’elle est sonnée, c’est que vous l’êtes !
  7. Vieux breton. Les fractions six quarts et trois demis. Ce qu’il y eut avant chaque matin, en particulier dans le récit de la création de la Bible.
  8. Une étoile autour de laquelle nous sommes nombreux à tourner. Dans la rue Saint Stephen, que ce soit à Edimbourg ou Plymouth, il y en a 3 !
  9. Abréviation du Service d’Aéronomie, ancien laboratoire français de recherche scientifique consacré à l’étude de l’atmosphère des planètes. Certaines étoiles l’ont été plusieurs milliards d’années avant les humains ! C’est la poussée d’Archimède qui nous envoie en l’air, contrairement à nos cousins les aérodynes, qui comptent sur la portance.
  10. Itou, c’est tout, et ne me dites pas que je manque d’idées ! Journées Européennes de l’Astronomie. J’évaluai (vos connaissances astronomiques) à l’aune de votre progrès dans cette grille de mots croisés 😊.
  11. Cette révolution a eu un impact bien plus large que la Française de 1789 ou la Russe de 1917 !
  12. Institut Universitaire situé entre le Rhin et les Vosges. Ce n’est que dans ce ciel là qu’on peut voir la Voie Lactée !
  13. Quand je folâtre en exprimant ma joie de vivre (la tête dans les étoiles 😉) au présent du subjonctif. Se dit de l’eau, lorsqu’elle est imprégnée d’air, et pourtant ça n’en fait pas de l’OR. Métal, élément chimique de numéro atomique 24.
  14. Quand vous montrez la Lune, l’imbécile regarde le doigt, mais cette agence, elle, a permis à l’homme d’y poser le pied ! Avec son doigt, lui, il montre le chemin de sa maison. Cette pierre n’amassera pas mousse.
  15. Etoile la plus brillante du ciel nocturne, dans la constellation du Grand Chien, les Grecs l’ont baptisée « l’ardente ». Dans le ciel, on parle plutôt d’amas, mais sur terre, on utilise plus couramment ce terme. Je ne le suis manifestement pas, puisque vous êtes là à me lire.

Longitude 

  1. Stephen Hawking et Hubert Reeves en étaient, Jean-Pierre Luminet et Aurélien Barrau en sont.
  2. C’est souvent à elle qu’on reconnaît un observatoire astronomique. Je reconnus sa valeur en tant que pair, même s’il n’est pas forcément chevalier.
  3. Les fanfarons ont beau s’époumoner, ils ne donnent jamais plus de 4 notes. Même dans le désordre comme ici, elles sont en règle générale égales, que ce soit dans un héritage ou une galette des Rois.
  4. En anglais, cette abréviation désigne une cascade de particules créée par l’interaction d’un rayon cosmique avec l’atmosphère, nommée gerbe atmosphérique en français. Un milliard de kilomètres, soit 6,7 fois la distance de la Terre au Soleil. Je t’opposai un argument, qu’il soit objectif ou fallacieux.
  5. Ancienne unité de mesure chinoise, parfois appelée « mile chinois », dont la valeur varie suivant la région, l’époque, et même parfois l’effort requis pour parcourir le chemin (donc plus court en zone difficile). Constellation du Zodiaque.
  6. Demeure isolée et retirée loin des autres habitations, qui constitue un lieu idéal d’observation des étoiles, même si ce n’est pas son objectif principal (a priori). Lorsqu’elles sont exposées à la lumière, elle peuvent mesurer une éternité !
  7. Vociféra, pour peu qu’il soit un cerf ou un chevreuil. Les Grecs lui vouaient un culte, eux, à cette Terre nourricière qu’on s’échine à épuiser, nous ! C’est la Lune la plus proche de Jupiter (à part Brigitte, bien sûr 😉).
  8. Une ancêtre d’Excel du temps des tablettes de cire et des parchemins. Ce courant court autour de l’Antarctique depuis sa séparation de la plaque continentale Sud-Américaine, il y a 33 millions d’années.
  9. Territoriaux, ils s’arrachent actuellement entre l’Ukraine et la Russie. Il dût s’y reprendre au moins une fois.
  10.  En programmation informatique, c’est la rétro-conception ou ingénierie inversée (sigle en anglais). En Italie, c’est une enclume portative utilisée notamment par le carrossier. Il en faut beaucoup pour financer l’envoi d’une fusée dans l’espace…même si SpaceX en a fait baisser significativement le coût.
  11. Ce préfixe réconcilie bate, pole et stiche. La fameuse planète aux anneaux, tellement gazeuse qu’elle est dans le désordre.
  12.  Partitions de mots. Il a fallu en creuser des kilomètres dans la roche près de Cadarache pour le projet ITER de réacteur de fusion nucléaire (comme celle qui se produit au cœur des étoiles).
  13. Cet acronyme fait référence aux priorités du développement durable : hygiène, santé, sécurité et environnement. Elle ravit les connaisseurs, surtout ceux qui ne s’en laissent pas Conti ! En informatique, dans le cinéma ou dans les jeux vidéo, c’est un clin d’oeil renvoyant à une oeuvre ou une fonction cachée au sein d’un programme, accessible grâce à un mot-clé ou à une combinaison de touches ou de clics.
  14. Créé par Steven, je suis le copain d’Elliott. C’est comme ça qu’on appelle les Suisses sur le seul terrain où ils daignent abandonner leur neutralité. Mille milliards d’années. Galilée a mis du temps avant de l’être, quand il défendit la vision héliocentrique de Copernic contre les théologiens de l’Eglise catholique et des Eglises protestantes.
  15. Derrière la voie et le chemin, mais devant la sente quand même, non mais ! Même vide, je peux englober des volumes… sidérants !

Le Cowboy Fringant s’en est allé vers d’autres Reeves

Ostie de câlisse de Tabarnak ! Mais Dieu du Ciel et de la Belle Province, t’as-tu les mains pleines de pouces, les deux ailes t’ont-elles tombé à terre, ou t’as-tu callé l’orignal, pour avoir rappelé au plus sacrant auprès de toi deux gars pleins d’esprit qui se dressent très vite sur leurs patins, deux barbes hirsutes qui soulignent un sourire à se réconcilier avec l’Humanité tout entière ?

Ostie de câlisse de Tabarnak[i] !

Mais Dieu du Ciel et de la Belle Province[ii],

t’as-tu les mains pleines de pouces[iii], les deux ailes t’ont-elles tombé à terre[iv], ou t’as-tu callé l’orignal[v],

pour avoir rappelé au plus sacrant[vi] auprès de toi, coup sur coup,

deux gars pleins d’esprit qui se dressent très vite sur leurs patins[vii],

deux barbes hirsutes qui soulignent un même sourire,

un sourire à se réconcilier avec l’Humanité tout entière :

Hubert Reeves, le 13 octobre,

Cet astrophysicien qui a su faire découvrir l’univers à des générations de gamins émerveillés,

et Karl Tremblay, le 15 novembre,

co-fondateur et héraut des Cowboys Fringants, qui ont su mettre des étoiles dans le cœur et les yeux des mêmes générations de gamins désenchantés

Deux diamants d’âmes dont je ne sais s’ils ont eu l’occasion de se croiser et d’échanger.

Mais qu’à cela ne tienne, Etienne,

on la tient bien aujourd’hui, cette chance de les écouter dialoguer depuis leur Paradis,

qu’on imagine blanc,

blanc comme neige,

comme nuage,

comme la page qu’ils viennent de tourner en « crissant leur camp »[viii]

Dressez donc l’oreille, vous qui avez osé résister à l’attraction inexorable du Black Friday, véritable trou noir (il porte si bien son nom !) du mercantilisme mondialisé, qui déploie ses tentacules pour aspirer votre temps, votre argent… et jusqu’à vos rêves.

Chut ! Ecoutons-les :

Karl (s’amusant à gratter sa guitare) :

I’m a poor lonesome Cowboy, and a long long way from home[ix]

Hubert :

« Patience, patience,

Patience dans l’azur!

Chaque atome de silence

Est la chance d’un fruit mûr ! »

Karl :

C’est tiguidou[x] ! C’est toi qui l’a composé ?

Hubert :

Non, ce sont les vers de l’immense Paul Valéry.

Mais ils m’ont inspiré le titre de mon premier livre de vulgarisation de l’astronomie, « Patience dans l’Azur ». Je l’ai publié en 1981, pour partager ma passion d’astrophysicien. Et sur les 50 dernières années, il a trouvé plus d’un million d’amateurs ! J’aime à penser que, comme le système solaire et quelques autres parmi des millions et milliards d’étoiles ont permis l’émergence de planètes pouvant accueillir la vie, il aura permis chez quelques lecteurs de faire émerger l’envie de mieux connaître leur univers, et de contribuer à en préserver son trésor : la vie !

Karl :

D’la patience, t’as b’en raison Hubert, il en faut son compte !

« Prépare toi petit garçon

Elle s’ra longue l’expédition

Et même si on n’en revient jamais vivant

Il faut marcher droit devant

[…]

D’abord il faut franchir ce fleuve qui est l’enfance de toutes les épreuves

Là où même sa propre famille risque de le couler par la torpille

Déjà on saura si sa coque et son bateau traverseront les époques

Ou bien s’il ramera à la dure dans une chaloupe remplie de fissures »[xi]

Hubert :

Oh, ce n’est pas forcément une attitude que j’ai facilement mise en application, la patience, malgré ma posture de vieux sage ! J’ai plus qu’à mon tour eu de la broue dans le toupet[xii], sans pour autant me la péter, ça a quand même fini par me coûter mon premier mariage !

Et les lubies anglophobes des Universitaires Québécois de la « Révolution tranquille (sic) » m’ont mis en beau fusil[xiii] ! J’ai sacré mon camp vite fait, et j’suis parti en voir, du pays : la Belgique, la Russie, la France, les Etats-Unis.

Karl :

T’a pas besoin d’excuses ! J’ai moi-même pris ma part au « bûcher des vanités »

« Il n’y a point de repos pour l’éternel insatisfait

Ceux qui en veulent toujours trop, récoltent souvent que des regrets

Y a des jours où j’me dis que je marche à côté d’la vie

Je la salue de loin sans jamais croiser son chemin

Et octobre vient de passer en coup d’vent

Une autre année où je n’ai pas pris le temps

De voir l’automne s’effeuiller tranquillement

Toujours plus vite, être à la course

Exister sur le pouce

Pogné dans l’tourbillon

Je pédale après quoi au fond? »[xiv]

Et j’vais te dire, Hubert, t’as bien fait ! La vie est trop garce pour qu’on perde son temps à se sécher les dents[xv] ou à niaiser avec la puck[xvi] !

« Parce que pour vivre sa passion

Et pas regretter plus tard

Y faut ben comme de raison

Que tu commences en quecqu’part

C’est pour ça que demain y va tout abandonner

Et au diable les crétins qui veulent pas l’encourager

Parce qu’y sait qu’le vrai plaisir au fond c’est de pas savoir

Comment qu’a va finir

Sa p’tite histoire

[…]

Garder son esprit libre, trouver un peu d’équilibre

Pour le reste y s’en fout ben, Ti-Cul a hâte à demain »[xvii]

Hubert (riant malicieusement) :

Eh ben au moins, nous deux, on le sait maintenant, comment qu’elle va finir not’ p’tite histoire !

Comme me l’a écrit une lectrice, qui m’a inspiré le titre de mon 2e bouquin, « On m’a dit : tu n’es que cendres et poussières. On a oublié de me dire qu’il s’agissait de poussières d’étoiles. »

Nous y voilà ! Fini les papillons dans l’estomac[xviii], c’est nos molécules et particules élémentaires que nous allons rendre pour ensemencer l’univers !

Karl :

Des poussières d’étoiles, peut-être, mais des poussières scintillantes d’étoiles filantes !

«Travailler, faire d’son mieux

N’arracher, s’en sortir

Et espérer être heureux

Un peu avant de mourir

Mais au bout du ch’min, dis-moi c’qui va rester

De notre p’tit passage dans ce monde effréné

Après avoir existé pour gagner du temps

On s’dira que l’on était finalement

Que des étoiles filantes »[xix]

Sans beurrer épais[xx], toi et moi, on aura quand même pas lâché la patate[xxi] :

« Si je suis au bout d’la route

De ma vie beaucoup trop courte

J’partirai quand même en paix

Sans éprouver de regrets

Car même si j’ai encore la flamme

J’ai en moi cette vieille âme

De ceux pour qui la sagesse

A remplacé la jeunesse

Et qui m’a fait garder espoir

Dans les moments les plus noirs»[xxii]

Hubert :

Nous voilà devenus bien graves ! C’est peut-être pas surprenant vu qu’on vient d’avoir notre grand voyage ! Est-ce que ce ne serait pas « l’heure de s’enivrer »[xxiii] ?

Karl (enthousiaste) :

En voilà une bonne idée ! Tires-toi donc une bûche, Hubert, je t’invite pour une belle rincée dans l’shack à Hector[xxiv] !

On va se paqueter la fraise[xxv], et on invitera la Reine d’la Rue Ste Cath’rine et d’la Maine[xxvi], et Loulou Lapière[xxvii], et mon cheum Rémi[xxviii]

Hubert (après une courte – ou une longue – nuit, selon le côté d’où on le prend) :

Ouh là là ! Ça fait un moment que je ne me suis pas pris une telle brosse ! Quelle gueule de bois ! Ça ne te file pas le blues à toi, Karl, de passer la nuit comme ça sur la corde à linge[xxix] ?

Karl :

« Comme une étoile poquée dans la nuit

Je m’accroche à mon ciel et je survis

Moi qui aurais tant besoin d’une amie

Dans l’immensité de mon ennui

Comme tout l’monde, je cherche la même chose

Un peu d’amour sur mes ecchymoses

En attendant, j’tourne en rond dans la nuit

Aux alentours du Pizza Galaxie»[xxx]

Hubert :

Quel bel oxymore, Karl !

Galaxie,

c’est l’infini du temps et de l’espace qui déroule sa spirale perpétuelle,

et Pizza,

quel symbole plus caricatural de notre société de sur-consommation, de sur-exploitation en sur-régime des ressources que l’univers tout entier a mis des milliards d’années à créer !

Les atomes qui constituent les briques élémentaires de la vie sur Terre ont été forgés dans des étoiles de galaxies disparues depuis des milliards d’années. Les ressources dites fossiles ont mis des centaines de millions d’années à se former à partir des restes d’organismes vivants. Et nous sommes en bonne voie de les épuiser frénétiquement en quelques générations seulement ?

Ce n’est pas mon mal de tête qui m’est le plus douloureux, c’est mon Mal de Terre[xxxi] !

Karl :

Tu touches une corde qui m’est sensible !

« La question qu’j’me pose tout l’temps:

Mais que feront nos enfants

Quand il ne restera rien

Que des ruines et la faim?

C’est si triste que des fois quand je rentre à la maison

Pis que j’parke mon vieux camion

J’vois toute l’Amérique qui pleure

Dans mon rétroviseur… »[xxxii]

Avec une COP28 qui se prépare à Dubaï, présidée par le PDG d’une société pétrolière d’Etat, faut pas nous prendre pour des valises[xxxiii], on est vraiment en train de pelleter par en avant[xxxiv] !

« Les gens ont dû se battre contre les pandémies

Décimés par millions par d’atroces maladies

Puis les autres sont morts par la soif ou la faim

Comme tombent les mouches, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien

Plus rien

Plus rien

Mon frère est mort hier au milieu du désert

Je suis maintenant le dernier humain de la terre

Au fond l’intelligence qu’on nous avait donnée

N’aura été qu’un beau cadeau empoisonné

Car il ne reste que quelques minutes à la vie

Tout au plus quelques heures, je sens que je faiblis

Je ne peux plus marcher, j’ai peine à respirer

Adieu l’humanité, adieu l’humanité »[xxxv]

« Quand il ne restera que 8 secondes

Avant la fin de ce monde

On r’pensera au genre humain

Qui à cause de l’appât du gain

Aura amené la planète au bord du ravin

Quand il ne restera que 8 secondes

Hey! »[xxxvi]

Bad COP … souvenez-vous de l’article du Kfard de janvier dernier : « Vendredi 13, super ou ordinaire ? »

Hubert :

En 8 secondes, Karl, « Je n’aurai pas le temps »[xxxvii] d’essayer de leur faire comprendre qu’on va droit dans le mur ! Ça prend quand même pas la tête à Papineau[xxxviii] ! Mais tu vois, même de l’autre côté du miroir maintenant, j’arrive pas à me résigner à la fatalité ! Le destin de l’Humanité ne peut pas être arrangé avec le gars des vues[xxxix] ! « Là où croît le péril… croît aussi ce qui sauve ! »[xl] Je continue, et je continuerai à nourrir « la fureur de vivre »[xli].

Karl :

« Tant qu’on aura de l’amour

De l’eau fraîche et de l’air pur

Un toit et puis quatre murs

Ce sera la joie dans not’ cour

On apprécie les p’tites choses »[xlii]

« On vieillit, les années passent

Et chacun de nous fait comme il peut

On court on tombe, pis on s’ramasse

On essaie d’être heureux

Toute une vie à patcher les trous

Du temps qui s’enfuit de nos poches

Dans un monde qui partout

Tient avec d’la broche

Mets ta tête sur mon épaule

Pour que mon amour te frôle»[xliii]

Hubert :

Merci Karl, tu me regonfles le moral ! Et plus encore !

Tu m’inspires une belle perspective pour ma « Pyramide de la complexité »[xliv]. L’entropie qui se répand dans l’immensité de l’univers en expansion a agi comme un alambic pour concentrer progressivement sa quintessence dans des trésors de plus en plus complexes : des quarks aux protons/neutrons/électrons, puis aux atomes, aux molécules, aux cellules et aux organismes vivants…

Mais au-delà des organismes vivants, quel peut être le sommet de cette Pyramide de complexité d’où l’univers nous contemple depuis plus de 40 millions de siècles (n’en déplaise au petit Caporal, petit joueur et maudit Français au passage[xlv]) ?

Tu viens de me le souffler, comme une évidence : ce sont les écosystèmes, communautés tricotées serrées [xlvi] d’organismes et… d’amour, ces Pachamamas qui nous prennent dans leurs bras protecteurs, et nous chuchotent, à travers le tintamarre et la cacophonie ambiants…

« Patience, patience dans l’Azur ! »

De magnifiques images d’étoiles et de poussières d’étoiles révélées par le nouveau télescope spatial James Webb