Près d’un an que les Talibans sont de retour au pouvoir, et tout le monde semble avoir, de vue et d’attention, complétement perdu Kaboul !
Près d’un an que les Talibans sont de retour au pouvoir, et tout le monde semble avoir, de vue et d’attention, complétement perdu Kaboul !
Oh nous ne manquons pas d’excuses, pensez-donc : notre pauvre cerveau n’est guère disponible, découpé qu’il est en tranches d’infos fumantes ou sanguinolentes qui s’y déversent en continu, hachées finement, assaisonnées de mots au poids et de photos choc, servies toutes chaudes –brûlantes même ces dernières semaines – entre deux tranches de pub qui font miroiter sous nos yeux ébahis l’herbe tellement plus verte dans le jardin du voisin.
Il faut dire qu’avec la fumée qui sature notre écran et dévore nos forêts, et avant elle, l’« opération spéciale » russe en Ukraine, ça ne laisse guère de place dans les « éditions spéciales », une fois traité l’essentiel de l’actualité : les terrasses et les bouchons estivaux ! Imaginés par des services décidément spéciaux (à défaut d’être toujours compétents[1]), les effets spéciaux de l’opération Z réussissent l’exploit de dépasser, en bruit et en fureur, ceux d’un film de série Z avec Steven Seagal ou Jason Statham : bombes thermobariques, missiles hypersoniques, roquettes sur la plus grande centrale nucléaire d’Europe, même eux n’avaient pas osé, c’est dire ! Et puis la guerre en Ukraine, ça fait plus que nous émouvoir, ça nous touche au plus profond des tripes : déjà plus de moutarde pour nos andouillettes, bientôt plus de gaz pour nos usines, voire plus de pétrole pour nos idées ! Sans compter les zakouskis, vodkas et autres caviars qui, s’il est certes difficile de les faire passer pour aussi vitaux que l’arrosage de nos très chers terrains de golf en pleine alerte canicule, agrémentaient quand même bien l’ordinaire des bons vivants, avant ces foutues sanctions bien-pensantes !
Alors, pensez-donc, des millions d’Afghanes auxquelles leurs bienfaiteurs auto-proclamés épargnent le stress du choix de la tenue qu’elles mettront le jour de la rentrée,
des millions de petites filles qu’ils prennent le temps de taquiner, en leur faisant croire pendant quelques heures qu’elles pourraient retourner sur les bancs de l’école, avant de révéler l’hilarante supercherie,
Dessin de Wilcox dans le journal Sydney New Herald : « Pendant ce temps, en Afghanistan : « Mais vous aviez promis qu’on pourrait retourner à l’école » – « Ha ha ! Vous les filles, vous n’apprenez jamais [de vos erreurs] ! »
des millions d’Afghanes qui ne souffrent d’aucune pénurie de fournitures : effaceurs et gommes (de leur corps, de leur visage, de leur voix, de leurs emplois, jusqu’à leur existence) leur sont fournis à profusion, comme l’encre des décrets qui noie leurs libertés chèrement conquises les unes après les autres et badigeonne le moindre centimètre carré de peau féminine sur toute affiche, ou les rapporteurs dont la délation suffit à leur valoir lapidation,
– o –
des milliers d’Afghanes égayées à coups de kalachnikov en l’air pour disperser leur manifestation, au lieu de les trouer de balles comme y inciterait pourtant la tradition millénaire – quand on pense au prix de la balle, en cette période d’inflation ! Ces impertinentes osaient réclamer « pain, travail et liberté » ! Et puis quoi encore ? Pourquoi pas la parité, tant qu’elles y étaient ?
des millions d’Afghans qui n’auront bientôt plus assez de feuilles d’épinards à sucer pour s’inquiéter de la pénurie de beurre, de toit sur leur tête pour se plaindre de la hausse des loyers, de la plus simple attention d’un frère humain pour crier leur désespoir.
Comment voulez-vous qu’on puisse s’intéresser à eux ? Ils ne font vraiment aucun effort pour nous ressembler, alors comment imaginer éveiller ne serait-ce qu’un minimum de compassion ?
Même les plus vilains terroristes ne parviennent plus à nous faire frémir, réduits qu’ils sont à jouer le rôle de méchant d’une pub de la MAAF ! « Je les aurai un jour, je les aurai ! » a dû se dire Ayman al-Zawahiri, profitant des rayons du soleil levant sur la terrasse de Kaboul où il s’tait caché… pour finir en tartare, éparpillé façon puzzle par le dernier cri furtif (si, si, ça existe !) de la technologie du gendarme du monde, après un ordre sans doute twitté depuis l’autre bout de la planète : hache-tag…eule, mdr
Au lieu de jeter un voile intégral sur ce désastre humanitaire, et réduire cette plaie béante à un Afgha-néant, il serait temps que nous réalisions enfin que si la Terre est ronde (sphérique, me diront certains extrémistes radicaux de la précision scientifique), et que seule sa surface est viable (jusqu’à une certaine profondeur quand même, croiront utile de préciser certains mineurs et plongeurs de l’extrême), c’est précisément pour qu’il n’y en ait ni bout, ni centre, mais un seul peuple, une seule Humanité et au-delà, une seule communauté du vivant qui a le privilège d’y faire un séjour, avant de devoir rendre les clés au propriétaire…
Le jugement dernier, ce sera notre état des lieux de sortie !
[1] Si vous ne l’avez pas lu encore, je vous recommande l’excellent roman Les services compétents, de Iegor Gran, qui retrace la traque d’un écrivain dissident par le KGB dans les années 1960
Eludons les, dépités, ou élisons les députés ? Face à ce choix cornélien, convoquons le Maître lui-même… Non, pas celui qui en fait des tonnes avec son holo-gramme…
« Nous partîmes cinq cents, mais par un prompt accord,
Je me vois déjà Cocher, défiant le sort
Tant d’incrédules face à un tel attelage !
Qu’importe Matignon, pourvu que j’aie la rage ! »
Le Sid(érant) Jean-Luc, librement (comment pourrait-il en être autrement, pour un insoumis !) adapté de « Le Cid », de Corneille
« Et un, et deux, et cinq ans de plus » entonnent déjà les marcheurs de l’an 5, depuis les vieux grognards qui se sont fait pincer l’oreille plus qu’à leur tour – le maréchal Ferrand ou le Castaner de rien – jusqu’aux opportunistes de la treizième heure dont les chaussures de randonnée sentent encore le neuf.
« Et un, et deux, et cinq ans de plus » entonnent déjà les marcheurs de l’an 5, depuis les vieux grognards qui se sont fait pincer l’oreille plus qu’à leur tour – le maréchal Ferrand ou le Castaner de rien – jusqu’aux opportunistes de la treizième heure dont les chaussures de randonnée sentent encore le neuf.
L’an 5 de quoi ? De cette révolution 2.0 qui a réussi le tour de force de dynamiter les deux principaux partis de gouvernement, statues de commandeurs inamovibles depuis plusieurs générations, en les réduisant en confettis de moins de 5% des suffrages ! En 1859, le carnage de la bataille de Solférino avait abouti à la création de la Croix-Rouge. Le naufrage socialiste n’était guère moins violent cette fois-ci, mais les derniers irréductibles à la rose au poing ont été poussés dans les cordes, exilés en banlieue à Ivry sur Seine, loin, bien loin de la prestigieuse adresse historique au cœur de Paris.
Pour le Parti Socialiste aussi, il aura fallu tirer une croix rouge sur le siège de Solférino, en 2018
Qu’aurons-nous gagné à la place ? Après Napoléon III, aurons-nous droit (car il faut se rendre à l’évidence, ils sont tous deux tout sauf gauches, même s’ils ont essayé de faire semblant le temps d’un débat) à Emmanuel II en pire libéral ou à Marine 1e en pire autoritaire ?[i]
Cet Empire se soldera-t-il, lui aussi, par la bataille de Sedan (bas, contre ceux d’en haut), et l’instauration d’une nouvelle République, réclamée à corps et à crics par Mélenchon, l’infortuné troisième de la compétition qui rêve ouvertement d’une revanche au parlement, et qui, finalement, projetterait bien son hologramme à la tête du gouvernement ?
L’héritier putatif Emmanuel II n’est pas regardant sur les lignées dont il se réclame, depuis De Gaulle en passant par François et Nicolas. En juin 1853 son lointain ancêtre généralisait le régime de retraite par répartition pour les fonctionnaires (à 60 ans !) et voilà qu’Emmanuel fait de la réforme de cette institution le cheval de bataille de son règne à venir. Le 25 mai 1864, Napoléon III instaurait le droit de grève, dans un contexte de luttes sociales dures qui inspirèrent à Zola son roman « Germinal ». Il ne se doutait pas encore qu’il glisserait ce caillou dans la chaussure d’un marcheur ampoulé qui se retrouverait assiégé par des hordes de gilets jaunes !
A l’époque, Movember, ça avait vraiment de l’allure !
En 1855, Napoléon III, qui s’était opposé à la Russie dans la guerre de Crimée (déjà !), remportait une victoire décisive à la bataille de Ma…lakoff. Emmanuel II ou Marine 1e auront-ils le même engagement et la même réussite, ou mériteront-ils au contraire les Châtiments[ii] d’un Hugo frais, tonnant « Adieu, Monsieur le Professeur » ou « Elle descend de la Montagne »[iii] ?
Espérons que ce second en pire permettra au moins de sauver les meubles. Personnellement, je me passerais volontiers de la mise en vitrine des nouveaux modèles qui avaient caractérisé le style Napoléon III : les poufs, boudeuses et confidents en tous genres. Regardez-les, malgré les couches d’ans caustiques et l’odeur de sire, ils piaffent d’impatience de trouver leur place sous les ors des palais de la République, dans l’ombre de Marine, avides de s’accaparer l’RN du pays.
Trouvons-leur une utilité pour la France en les recyclant : c’est quand déjà les horaires d’ouverture d’Emmaüs ?
Rem-Pile ou Face-iste ? Vous laisseriez vraiment le hasard décider pour vous ?
Pattes de mouche du Kfard :
[i] Le second Empire est analysé en 2 périodes par les historiens :
L’Empire autoritaire (de 1852 à 1860)
L’Empire libéral (de 1860 à 1870)
[ii] Les Châtiments (1853) est un recueil de poèmes satiriques de Victor Hugo qui éreinte Napoléon III. Zola écrivait : « Le Napoléon III des Châtiments, c’est un croquemitaine sorti tout botté et tout éperonné de l’imagination de Victor Hugo. Rien n’est moins ressemblant que ce portrait, sorte de statue de bronze et de boue élevée par le poète pour servir de cible à ses traits acérés, disons le mot, à ses crachats »
[iii] Deux des plus grands tubes (si,si – OK boomer) du chanteur Hugues Aufray, taillés sur mesure pour chacun de nos 2 finalistes
Oyez, oyez, gentes dames et braves gens,
Ou braves dames et gentes gentes,
Comme il vous plaira !
Aujourd’hui, tout est encore permis,
Aujourd’hui, tout est déjà promis !
Bonjour à vous tous, les Kfards Dchaînés ! Vous m’avez terriblement manqué pendant cette longue hibernation.
Quel pénible hiver, à défaut d’avoir été rigoureux !
Le Kfard ouvre enfin les yeux et les oreilles sur le Monde qui l’entoure, et, encore engourdi, mais affamé de curiosité, il se pose 2 questions…
Bonjour à vous tous, les Kfards Dchaînés ! Vous m’avez terriblement manqué pendant cette longue hibernation.
Quel pénible hiver, à défaut d’avoir été rigoureux !
Le Kfard ouvre enfin les yeux et les oreilles sur le Monde qui l’entoure, et, encore engourdi, mais affamé de curiosité, il se pose 2 questions :
Qu’est-ce que j’ai manqué depuis le 23 novembre dernier ?
Qu’est-ce qui m’a sorti de cette hibernation ?
Qu’est-ce que j’ai manqué ?
Le grand manteau blanc qui devait magnifier l’Empire du Milieu pour sa grande parade olympique s’est désagrégé en miteux lambeaux de neige artificielle. Xi comptait pourtant beaucoup sur lui pour cacher sous son tapis immaculé les cendres encore chaudes de l’incendie de la Covid qui avait pris là – et s’était répandu à travers la planète comme une traînée de poudre courant le long des Nouvelles Routes de la Soie. Il avait pourtant mis le paquet sur les tambours et les trompettes de la cérémonie de clôture (sic) pour étouffer les gémissements des Ouïgours parqués derrière des barbelés bien serrés et acérés, et qui montrent une obstination d’Ukrainien à survivre envers et contre tout ! Les breloques d’or, d’argent et de bronze se sont alignées comme il se devait sur les poitrails gelés, mais gonflés de fierté des héros exposés en vitrine du régime. 3e au classement avec 15 médailles (derrière les Norvégiens et les Allemands qui sont nés avec des skis ou des patins aux pieds, et n’ont d’autre choix que le sport pour occuper leurs longues soirées des 6 mois d’hiver), la face est sauvée, à défaut de l’engouement populaire et de la magie olympique. Faudrait quand même pas verser dans la douce rêverie !
L’arène des neiges a perdu de sa superbe : « libérééééée, dégivrééééée ! »
Point de frimas, donc – ou si peu – mais que de courants d’air glaçants aussi dans notre hexagone, notre village gaulois que d’aucuns ont persisté durant les semaines et les mois passés et repassés à rapetisser, étriquer davantage, au gré d’une campagne morne et désolante, qui va réussir à désespérer même les plus profondes de nos campagnes.
De quelle cacophonie de chimères tous ces cacochymes nous ont abreuvés, pendus à l’ondulation capricieuse des sondages, répandant leurs traînées de poudre sur les réseaux sociaux en espérant l’étincelle qui les propulserait au plus haut de l’affiche.
Que s’est-il donc passé depuis les billets « de Ah à Z » du 3 octobre et « En primaires aussi, c’est la rentrée » du 24 septembre dernier ? Tellement de bruit et si peu de fond… à peine de quoi bercer le Kfard Dchaîné dans la torpeur de son hibernation.
Ok, mais qu’est-ce qui m’en a sorti ? (de quoi ? Mais de mon hibernation… dites, les distraits, faudrait suivre…)
C’est pourtant une question qui ne se pose guère pour les millions, les milliards de mes congénères hibernants – mammifères, coléoptères et autres pauvres hères ! C’est une évidence, une lapalissade ! Ils sortent naturellement de l’hibernation quand Mère Nature sort de l’hiver, quand elle donne un coup de pédale vigoureux au Grand Cycle de la vie, vers un soleil plus haut, des jours plus longs, une terre plus chaude. Quand des torrents bouillonnants de sève partent à l’assaut des ramures, poussant les arbres jusqu’au ciel, les faisant éclater en un feu d’artifice de bourgeons et de fleurs multicolores. Quand le gazouillis d’une volée d’oiseaux, le bourdonnement de nuées d’insectes se mettent à couvrir le ronronnement de la fourmilière humaine affairée à courir derrière le temps. D’autant plus affairée qu’on vient de lui en confisquer une heure, de ce précieux temps qu’elle s’échine à essayer de rattraper, en passant à « l’heure d’été »… vite, encore plus vite, toujours plus vite.
– o –
Oui mais… cette année la question mérite néanmoins d’être posée. Est-ce vraiment le gazouillis du Cycle magique des saisons qui a réveillé le Kfard ? Ne sont-ce pas plutôt les hurlements stridents des armes et des victimes du Cycle infernal de la Guerre, ce Diable sorti de sa boîte en Ukraine depuis le 23 février ?
Nous savions déjà que Vladimir était capable de tout (rappelez-vous le billet « Rouge Grésil » de mars 2021), nous découvrons avec horreur et sidération qu’il peut tout aussi bien faire n’importe quoi.
Décidément, la « guerre des boutons », c’était mieux en noir et blanc…
Le Tzar incontesté de la prestidigitation ! Jugez plutôt : en un coup de baguette magique :
Il a transformé un intermittent du spectacle (Zelens qui ?) en chef de guerre, héros mondial et futur prix Nobel de la Paix
Il a réussi l’exploit d’embarrasser tous ses amis et coaliser tous ses ennemis qui pour certains ne pouvaient pas se voir en peinture auparavant, pour soutenir activement sa victime expiatoire, l’Ukraine et son peuple
Il a déployé un arsenal qui ferait rêver Kim Jong Un (une armée surpuissante de plus de 150.000 hommes, appuyée par des centaines d’avions de chasse, des milliers de chars, des centaines de navires de guerre, et même des armes dont on n’avait encore jamais entendu parler – malgré les efforts des journaux télévisés à nous étaler à longueur d’édition toutes les horreurs du monde – comme des bombes thermobariques, des missiles hypersoniques,…), sans parvenir à prendre plus d’une ville d’importance en Ukraine…
Il a exposé au monde entier les trous béants que dissimulait cette vitrine de « 2e armée la plus puissante du monde » dont il avait entretenu la menace à si grands frais depuis son accession au pouvoir
Il a déployé la campagne de « social media » la plus largement diffusée de tous les temps pour un candidat à la présidentielle en France (n’essayez pas de me dire que vous ne voyez pas de quoi je veux parler… Ce « Z » étalé à la peinture blanche sur le moindre tank, le moindre véhicule kaki de l’armée Russe qui tournaient en boucle sur nos écrans, vous pensez vraiment qu’on n’a pas compris le message subliminal ? Vous nous prenez pour des enfants de chœur, Monsieur Poutine ?)… et le plus grand « pshitt » de tous les temps, le Zoufflé étant retombé juste après.
Enfin, et ce n’est pas le moindre des exploits, il a fait hésiter (oui, oui, vous lisez bien : hésiter ! Or, s’il est communément admis que regarder n’est pas tromper, hésiter, le doute n’est pas permis, c’est déjà trahir – et passible de 15 ans de camp d’internement selon les normes locales de la justice poutinienne) le camarade Fabien Roussel, candidat du Parti Communiste à l’élection présidentielle, quand un enfant lui a demandé si Staline était un de ses « camarades ».
Et pour calmer ses nerfs, et que toute cette esbrouffe serve quand même à autre chose qu’à le ridiculiser aux yeux du monde – y compris de la plupart de ses compatriotes, qui constituent pourtant son « cœur de cible » – il a profité du chaos et du tintamarre pour condamner Alexeï Navalny à 9 ans de prison « à régime sévère », ni vu, ni connu.
Comment on dit « team building », en Russe, déjà ?
Cela aurait pu être sujet à moquerie, si ça ne portait pas depuis 32 jours de tels coups de boutoir à l’Ukraine, à la Russie et à l’Humanité toute entière.
Les hurlements stridents des missiles, des obus, des balles et des sirènes sont assourdissants, et pourtant ils ne sont rien à côté de ceux des familles déchirées et de l’Humanité qui perd, une fois encore hélas, si près d’ici et maintenant, sa dignité et tant des siens.
M’ont-ils – nous ont-ils tous – réveillés en sursaut, ces hurlements ?
Qu’il serait bon d’y croire, à ce sursaut de la solidarité entre les hommes, avec l’accueil des réfugiés – tous les réfugiés, quelle que soit la couleur de la souffrance et de la misère qu’ils sont contraints de fuir au point de n’avoir d’autre choix que l’exil. Qu’il serait doux d’y croire, à ce « monde d’après », où l’on aurait enfin compris que le destin de chaque habitant de cette planète est inextricablement et solidairement lié à celui de tous les autres.
Si notre apprentissage de la Paix devenait interminable, notre planète toute entière ne finirait-elle pas en une Terre minable ?
Le menu annonçait « pigeon aux olives » en entrée, j’aurais dû me méfier !
Réveillons-nous enfin ! Sortons de notre hibernation !
Que nos cœurs ardents réchauffent ces 4.3 millions d’enfants d’Ukraine
Mais qu’est-ce qui le Brexite tant, Boris, pour qu’il remonte sur les planches chaque jour pour révéler une nouvelle facette de sa pièce à chaque fois ? Croyez-moi, ce n’est pas du Shakespeare…
Mais qu’est-ce qui le Brexite tant, Boris, pour qu’il remonte sur les planches chaque jour pour révéler une nouvelle facette de sa pièce à chaque fois ? Croyez-moi, ce n’est pas du Shakespeare…
Vous pensiez qu’il n’y a pas à tortiller : c’est pile ou c’est face ! Eh bien le fantasque et foutraque Bojo le clown, lui, ne se laisse jamais enfermer dans un choix aussi cornélien (il n’y a que les Français pour brailler du Corneille). Cet illusionniste est capable de vous surprendre à chaque fois qu’il la lance, sa pièce, en inventant une nouvelle face à chaque fois qu’elle retombe, qui répond pile à sa « conviction »[i] du moment.
Tin, tin, tin, et voilàààààààààà !
Pile ou face ? Tellement cartésien (encore un Français) et « so boring » pour notre Boris… pardon, « leur » Boris ! Et pourquoi pas Passe, File, Pif, Paf ou Plouf ? (toute allusion sarcastique au conflit sur les droits de pêche serait purement fortuite, indeed !)
« Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent » disait Edgar Faure (encore un maudit Français !), mais même une girouette est une image trop déterministe et prévisible pour Boris, parce qu’après tout, elle n’indique qu’une direction à la fois.
Boris, lui, a élevé « l’agilité », la « real politik » au rang d’art martial, et est capable de tourner en bourrique notre pourtant ceinture noire nationale du « en même temps ». Regardez sa chevelure, qui rend caduc le terme même de coiffure : où que souffle le vent, il y a à chaque instant une mèche qui va dans son sens (… et toujours aussi une dans le sens opposé, déjà prête, au cas où…).
Waouh, bluffants les effets spéciaux !
Les Anglais pouvaient-ils rêver meilleur expert que ce pur produit de l’upper class de noble lignée pour gérer un divorce si douloureux, cette rupture d’avec l’Union Européenne ? Cette roturière orgueilleuse commençait à prendre ses aises. Elle ne s’imaginait quand même pas régenter le domaine de sa Majesté la Reine-mère du Commonwealth ? Mais quel orgueil et quelle ignorance crasse des raffinements de l’étiquette ! Ce n’est tout de même pas un majordome ou une intendante qui va prétendre prendre en main la destinée du Comté de Grantham, n’en déplaise à tous les Mr Carson et Mrs Hughes[ii] du Berlaymont[iii]!
Il en connait un rayon en ruptures et divorces, lui, que ce soit dans sa vie privée ou publique, et chacun de ces chocs, loin de l’abattre, a permis à ce culbuto de se redresser et repartir à l’assaut, plus fort encore.
Ayant débuté sa carrière de journaliste comme correspondant stagiaire au Times, il est viré au bout d’un an seulement, pour avoir falsifié une citation de son parrain. Marié en 1987 à Allegra Mostyn-Owen, cette union dure elle aussi moins d’un an. Mais qu’à cela ne tienne, il se remarie 12 jours à peine après que ce 1er mariage soit annulé, en 1993, avec Marina Wheeler, avocate puis conseillère de la Reine, qui est déjà enceinte de leur premier enfant. Après avoir eu 3 autres enfants avec elle, Boris continue seul sa croisière (pas vraiment en solitaire néanmoins) en enfilant les relations comme des perles : 4 ans avec la journaliste Petronella Wyatt, alors qu’il est son rédacteur (mais manifestement pas que…) au magazine Spectator, ce qui lui vaudra d’être démis de ses fonctions de vice-président du parti conservateur en 2004. En 2009, naît sa fille Stephanie, issue de sa liaison avec Helen Macintyre, une consultante en art (mais manifestement pas que…), sa paternité étant révélée en 2013 après que l’action en justice pour maintenir le secret de l’identité du père ait été déboutée. Et en 2018, sa liaison avec Carrie Symmonds, la directrice de la communication du Parti Conservateur, fait encore scandale, et finit par convaincre ce cabotin amateur de cabotage de renoncer à son anneau à la Marina, où il accostait de moins en moins. En février 2020 sa relation avec Carrie Symmonds, enceinte, est officialisée, et il se marient (Encore ? mais que fait le Pape ?), en toutes petites pompes, en mai 2021.
Londres, qui ne voulait plus Ken[iv], a paradoxalement élu ce séducteur compulsif comme Maire sur un malentendu en 2008, puis, séduite, l’a réélu en 2012, l’année où Bojo accueillait les beaux-JO et leur drapeau aux 5 anneaux (Allegra, Marina, Carrie,…il nous en resterait encore 2 à découvrir ? Quelle santé ce Boris !)
Le petit dernier n’est pas le moins bruyant de la famille, hélas… même si je n’en suis pas le seul père
Ardent pourfendeur de l’Union Européenne tout au long de sa carrière journalistique et politique, il a qualifié le vote pour le « oui » au Brexit « jour de l’indépendance de la Grande Bretagne » – alors qu’il avait signé une profession de foi 2 jours avant glorifiant « l’aubaine » que serait un maintien dans l’UE, et annonçant un « choc économique » en cas de Brexit. Mais avec Bojo, ce qui nous aurait surpris, c’est qu’il ne change pas d’avis.
Il s’est imposé comme défenseur d’une version dure (« hard Brexit »), en démissionnant en 2018 du gouvernement de la mère Theresa, pour – revanche suprême – prendre sa succession un an plus tard et couper lui-même avec les dents le cordon reliant encore la Grande-Bretagne au continent Européen. Peu importe que son frère Jo, qui était ministre dans son gouvernement en désaccord avec la version brutale du Brexit de son grand frère (Averell[v] ?), aie démissionné en 2019, et que son propre père, Stanley Johnson, aie demandé en décembre dernier la nationalité française pour échapper aux conséquences de l’accord précipité par son fils. Si j’étais britannique, je serais quand même un peu fébrile de telles décisions de la part d’intimes qui connaissent si bien l’animal.
« Alohomora ! » (sort pour ouvrir des portes verrouillées, dans Harry Potter)
Boris s’inscrit dans la lignée millénaire[vi] des insulaires Grand-Bretons toujours prompts à narguer – et, cherry on the cake, humilier si possible – leur meilleur et plus fidèle ennemi, avec lequel ils se tirent régulièrement par la Manche.
Ce flibustier a surkiffé l’opportunité que lui a donné l’oncle Sam de s’essuyer les pieds sur le paillasson tricolore, et en prime de redorer le blason du Commonwealth, en rejoignant l’Alliance AUKUS qui a coulé « le contrat du siècle » de 12 sous-marins à plus de 50 milliards d’euros que la France avait vendus à l’Australie.
Terre ! Erreur…. Terreur !
Et c’est sans aucun complexe, mais plutôt avec une gourmandise toute machiavélique, qu’il feint d’ignorer les termes de l’accord négocié pied à pied pendant plus de deux ans avec l’Europe, et dont l’encre est à peine sèche. Eh oui, c’est dur, Alex (qui est son prénom de naissance, Boris n’étant que son 2e prénom, qu’il a troqué depuis son adolescence), sed lex !
Sa dernière trouvaille pour titiller les Froggies[vii] ? Distribuer au compte-gouttes les licences à leurs pauvres pêcheurs, cette bande de marins ultra de métropole qui piaille sans avoir la moindre idée de ce qu’est la possibilité d’une île[viii] , et qui pense que la messe aurait déjà été dite, en latin qui plus est. Ils n’imaginent quand même pas donner des leçons de caté-schisme à HMS[ix] Boris, lui qui est le premier catholique à accéder à la fonction de Premier Ministre au Royaume (pour le moment encore) Uni ?
Un pyromane catholique à Westminster… La dernière fois que cela s’était vu, en 1605, ça s’était mal terminé pour le principal protagoniste, Guy Fawkes. Ce « poor Guy » faisait partie d’une conspiration qui avait amassé des barils de poudre sous la chambre des Lords à Westminster pour assassiner le roi Jacques 1e et les Lords qui le soutenaient, afin de le remplacer par un roi catholique. Mais, démasqués suite à une lettre anonyme, lui et ses complices sont arrêtés, interrogés et torturés, et il se brise le cou en se jetant de l’échafaud (« poor, poor Guy », vraiment). Depuis, chaque année, le 5 novembre, l’échec de cette « conspiration des poudres » est célébré par les bûchers et les feux d’artifice du « Guy Fawkes Day » à travers tout le pays.
Il ne manque pas d’R et il fait feu de tout BOIS, c’est…. c’est…. ?
Ceux qui applaudissent encore ce transformiste capable de retourner sa veste plus vite que son ombre, ce Bojo le clown qui multiplie les pitreries et les saillies pour finir toujours plus haut sur l’affiche, risquent d’en être pour leurs frais quand ils se réveilleront de leur hypnose. Ils réaliseront alors qu’Alex-Boris ne joue pas un rôle, mais qu’il vit sa vie et sévit, et que les étincelles qu’il sème par brassées pourraient bien déclencher … une explosion retentissante du Royaume millénaire de Grande Bretagne.
Une bombe à retardement dites-vous ? « Keep calm and carry on », la bonne nouvelle c’est qu’elle ne va pas exploser tout de suite !
Confions la conclusion à Shakespeare, qui connaît manifestement très bien notre (non, leur – thanks Brexit) Boris :
“Le monde entier est un théâtre, Et tous, hommes et femmes, n’en sont que les acteurs. Et notre vie durant nous jouons plusieurs rôles.” (dans « Comme il vous plaira »)
“Qu’est-ce que l’honneur ? Un mot. Qu’est-ce que ce mot, Honneur ? De l’air. ” (dans « Henri IV »)
Et là, il ne faudrait pas que je rate mon triple-Alex…
« conviction » en anglais se traduit par « condamnation » en français
Mais ici, le terme « conviction », pourtant bien utilisé dans son acception française, correspondrait plutôt à une « lubie »
[ii] La série Downton Abbey relate les péripéties de la famille Crawley, dont le père a le titre de Comte de Grantham, et possède le domaine de Downton Abbey, et de leur brigade de domestiques, menée de mains de maître par le majordome, Charles Carson, et l’intendante, Elsie Hughes, à partir de 1912.
[iii]Le bâtiment du Berlaymont, à Bruxelles, est le siège de la Commission Européenne
[iv]Ken Livingstone, Maire travailliste de Londres, de 2000 à 2008 (surnommé « Ken le Rouge » à cause de son passé trotskiste)
[v] Joe, Jack, William et Averell sont les 4 frères Dalton, une fratrie de bandits de grand chemin que Lucky Luke ramène régulièrement en prison dans la série de BD de Morris. Joe est le plus petit et l’aîné de la fratrie, leader du groupe, le plus intelligent et le plus nerveux et colérique. Averell est le plus grand, plus jeune, plus sensible et plus idiot des quatre (mais capable de coups de génie, d’autant plus surprenants).
[vi]Pour avoir un aperçu des racines profondes de cet antagonisme millénaire qui n’a connu que quelques rares exceptions « d’entente cordiale » de quelques années, alors que les guerres – qui pouvaient durer des décennies – se sont succédées, je vous conseille l’hilarant « 1000 years of annoying the French » de Stephen Clarke.
[vii]Froggies, « Les petites grenouilles », surnom méprisant dont les Anglais affublent les Français, parce qu’ils ont ou plutôt auraient une tradition « so shocking ! » de manger des cuisses de grenouilles
[viii]C’est du grand Boris (du grand n’importe quoi, en français), d’amener Michel Houellebecq – qui n’a vraiment rien demandé – sur ce terrain avec son roman publié en 2005, « la Possibilité d’une Ile ».
[ix]HMS, pour « Her Majesty’s Servant » – le serviteur de sa Majesté
Dans ce bal masqué de dupes, démasquons les faux-monnayeurs qui veulent nous faire prendre des vessies pour des lanternes, des bitcoins pour des lingots, un emballage de fast-food pour un chef d’oeuvre !
Dans le monde d’avant, il arrivait assurément qu’un clandestin chafouin dissimule, qu’un cachotier secret camoufle, qu’un dévot prosélyte voile, voire à l’occasion qu’un illusionniste illustre escamote.
Mais jamais encore, au grand jamais, n’avait-on vu (pas vu, quand on y réfléchit…) une telle masqu’arade à l’échelle (ou au chevet ?) de la planète !
Il y a certes 50 nuances d’aigris dans ce carnaval sans visage, entre les belles de nuit zélées qui portent le masque à ras et les anti, qui mascagnent pour le supporter, mais à toute occasion le masque harponnent.
Cependant l’humanité entière, pour affronter la menace de la pandémie, a perdu la face, dévisagée, défigurée, coupée en deux par ce masque chirurgical qui porte si bien son nom, qui souligne son regard mais barre son expression, qu’elle soit sourire ou moue.
Pensiez-vous que l’Homme n’aurait qu’une hâte, après s’être vu imposer une telle contrainte, de recouvrer au plus vite sa liberté de mouvement, d’exposition et d’expression ?
Eh non, hélas ! Perdu !
« Arc de Triomphe – wrapped – 1961-2021 » … sponsorisé par Uber Eats ou KFC ?
Quelle est une des premières initiatives artistiques qui germa dans ce monde d’après ? Au lieu de se précipiter pour enfin tomber le masque, ce qui, vous en conviendrez, avait tout d’une perspective emballante… une secte de joyeux drilles choisit de masquer la tombe – celle du Soldat qui était pourtant déjà inconnu – en empaquetant l’Arc de Triomphe du Champ de Mars. Mais qu’est-il donc passé par la tête de ce gang à Christo pour escamoter ainsi ce diamant dans sa gangue, au lieu de le laisser enfin briller au milieu de ses mille feux ? Certes, ils y ont mis le paquet – 14 millions d’euros pour bâcher l’édifice, on peut parler de masqu’arade monumentale – mais était-ce vraiment un cadeau à nous faire ?
Lorsque Christo avait imaginé d’emballer le Pont Neuf en 1985, l’idée au moins l’était aussi, mais là il devient décidément difficile de masquer l’absence d’originalité et d’imagination dans cette vulgaire répétition au goût de café froid, malgré ses 25.000 m2 de bâche, ses 3 kilomètres de corde déployés et les millions de messages panégyriques relayés sur les réseaux – que certains imaginent encore sociaux.
Je suis prêt à garder le masque le temps qu’il faudra pour protéger ma santé et celle de mes voisins, mais faut-il obligatoirement porter aux nues le fagotage indécent d’épouvantail des champs dans lequel on a enlisé ce joyau de la plus belle avenue du Monde ?
Fidèle à la promesse du Kfard Dchaîné, essayons de changer de perspective pour voir si c’est mieux, vu du ciel ? … Décidément non, c’est raté d’où qu’on le regarde.